«Rouge Speedo»: eaux troubles

Avec ses murs et ses colonnes de béton, ses parois de verre, le sous-sol du Livart a tout ce qu’il faut pour évoquer la piscine autour de laquelle se déroulent les vifs échanges de la pièce.
Photo: Hugo B. Lefort Avec ses murs et ses colonnes de béton, ses parois de verre, le sous-sol du Livart a tout ce qu’il faut pour évoquer la piscine autour de laquelle se déroulent les vifs échanges de la pièce.

S’il est un dramaturge états-unien célébré par les temps qui courent, c’est bien Lucas Hnath. Avant The Christians, une pièce où il interroge le pouvoir et la foi, et A Doll’s House, Part 2, rien de moins qu’une suite à la Maison de poupée d’Ibsen, le jeune auteur couvert de prix donnait Red Speedo, un drame sportif que Louis-Philippe Tremblay met en scène ces jours-ci dans une traduction de Jean-Simon Traversy.

Après le Bain Saint-Michel et l’église de l’Immaculée-Conception, le Mimésis nous entraîne une fois de plus hors des lieux de représentation traditionnels. Avec ses murs et ses colonnes de béton, ses parois de verre, le sous-sol du Livart, centre d’art multidisciplinaire situé dans la rue Saint-Denis, non loin de l’avenue Duluth, a tout ce qu’il faut pour évoquer la piscine autour de laquelle se déroulent les vifs échanges de la pièce. Malheureusement, le lieu présente également d’insurmontables obstacles en ce qui concerne le son et l’éclairage.

Marc-André Thibault est Ray, un nageur sur le point d’atteindre les Olympiques et de signer une lucrative entente avec la compagnie Speedo. Guillaume Regaudie est son entraîneur, celui qui trouve des produits dopants dans le réfrigérateur du club. Louis Labarre est Peter, le frère de Ray, un avocat dont l’éthique est particulièrement flexible. Catherine Paquin-Béchard est Lydia, médecin sportive et ancienne flamme de Ray. Dans les déboires du héros de cette quête à la fois sportive, sociale et philosophique, suite d’affrontements cruels et de trahisons honteuses, il est bien entendu question d’intégrité et de succès, mais surtout des impératifs du néolibéralisme, ceux-là qui poussent les individus à « performer » en tout et en tout temps, peu importe les conséquences.

Héritier de David Mamet, à tout le moins du point de vue formel, notamment en ce qui concerne l’emploi crucial du chevauchement des répliques, Lucas Hnath donne naissance à de véritables partitions. En ce sens, Rouge Speedo est une impitoyable machinerie, une compétition dont les participants doivent absolument épouser le rythme, souvent effréné. Malheureusement, dans le spectacle orchestré par Louis-Philippe Tremblay, les comédiens ne parviennent pas à établir cette tension que la pièce exige, cette urgence qui doit la porter, cette fatalité qui doit planer au-dessus d’elle. Restent quelques belles trouvailles de mise en scène, mais surtout la noble volonté de faire découvrir la dramaturgie contemporaine de nos voisins du Sud.

Rouge Speedo

Texte : Lucas Hnath. Traduction : Jean-Simon Traversy. Mise en scène : Louis-Philippe Tremblay. Une production du Mimésis. Au Livart jusqu’au 24 mars.