Shakespeare chez les «stars»

Pour le metteur en scène, le choix des comédiens est déterminant. «Je tergiverse beaucoup avant de faire une distribution. Je suis un instinctif, alors j’ai besoin que ma matière première soit forte. C’est ce qui m’inspire. 80 % du show, sinon plus, repose sur les interprètes.»
Photo: Catherine Legault Le Devoir Pour le metteur en scène, le choix des comédiens est déterminant. «Je tergiverse beaucoup avant de faire une distribution. Je suis un instinctif, alors j’ai besoin que ma matière première soit forte. C’est ce qui m’inspire. 80 % du show, sinon plus, repose sur les interprètes.»

Frédéric Bélanger n’est pas à court de références quand vient le temps de décrire sa relecture de la comédie shakespearienne. « Je voulais un élément évoquant l’humour de Charlie Chaplin [allié] à la dimension sexy d’un générique de James Bond et à l’élégance de Dior… Et peut-être le romantisme de Cocteau. » Une adaptation qui conserve l’esprit du Songe d’une nuit d’été, tout en se voulant différente.

Le metteur en scène de D’Artagnan et les trois mousquetaires, qui sait comment faire rouler efficacement de dynamiques productions, avait besoin de cette prise de risque. « Je suis rendu là. Sinon, je fais quoi ? Je ne peux pas répéter les mêmes choses. » On devrait reconnaître sa griffe dans le spectacle créé au théâtre Denise-Pelletier. « Mais il y a là quelque chose d’ambitieux et qui sort de mes sentiers battus. »

Il rêvait du Songe depuis longtemps. « C’est un terrain de jeu fertile pour un metteur en scène. On peut en faire à peu près n’importe quoi. C’est trois pièces en une, une série de dualités : la cour et la jeunesse, les fées et les dieux, les ouvriers et le peuple. On voulait imbriquer ces trois univers et avoir une rencontre entre la théâtralité et lecinéma. » Épurée sur le plan scénographique, cette grosse production intègre des projections et de la musique en direct, qui portera « beaucoup la dimension magique ».

En guise de forêt enchantée, le quatuor d’adolescents qui découvre l’inconstance de l’amour se retrouve plutôt à un bal de finissants. Quant aux êtres surnaturels qui jouent de leur pouvoir, pas toujours sagement, ils évoquent l’esthétisme de l’âge d’or d’Hollywood, les années 1930-1950. « C’est quoi les dieux pour nous, aujourd’hui ? C’est comme si les divinités du cinéma, Brad Pitt et Angelina Jolie, débarquaient dans une fête. Et tout à coup on se transporte dans un ciné-parc. » Ajoutez une mise en abyme où les ouvreurs du théâtre se transforment en comédiens amateurs, puis en fées…

Bande annonce de Le songe d'une nuit d'été

 

Après avoir pondu le synopsis, Frédéric Bélanger a confié le texte à Steve Gagnon. L’intensité des sentiments, ça connaît l’auteur de Ventre. « Il y a quelque chose de moderne dans l’écriture de Steve, mais qui peut se rattacher à ce que Shakespeare faisait. C’est dans la force des images, je pense, qu’ils se ressemblent. »

Une partition pas facile à se mettre en bouche, a constaté Bélanger au fil d’auditions tenues pour distribuer les rôles d’amoureux. « Au début, on cherchait des jeunes sortant des écoles. Puis j’ai réalisé que ça prenait des interprètes possédant un certain métier afin que le texte n’ait pas l’air plaqué. Ce qui m’importe, c’est la fougue de la jeunesse, pas l’âge. » Aux côtés des déités qu’incarnent Maude Guérin et Étienne Pilon, il a donc opté pour Gabrielle Côté, Steve Gagnon, Karine Gonthier-Hyndman, Hubert Lemire, Adrien Bletton, Dany Boudreault, Olivia Palacci et Jean-Philippe Perras.

Pour le metteur en scène, le choix des comédiens est déterminant. « Je tergiverse beaucoup avant de faire une distribution. Je suis un instinctif, alors j’ai besoin que ma matière première soit forte. C’est ce qui m’inspire. 80 % du show, sinon plus, repose sur les interprètes. »

Séduire les jeunes

Depuis bientôt 15 ans, le directeur du Théâtre Advienne que pourra sert, entre autres, le public adolescent. « Je n’avais jamais pensé faire des shows pour un jeune public. Mais la franchise de la jeunesse me plaît beaucoup. Je m’y retrouve. » Il se reconnaît aussi dans leur attachement à l’humour. « Je n’ai jamais monté de drames. J’ai tant besoin de lumière que dans une salle de répétition, je dois travailler sur le plaisir. Et j’ai l’impression que si une équipe a un fun fou à jouer, ça va se communiquer au public. Je pense que c’est ma force, de créer cette cohésion et de transmettre le plaisir. »

Frédéric Bélanger dit ne pas s’adresser de façon particulière aux ados. En fait, rien ne le rebute autant que de viser un public cible. « On essaie de nous cataloguer, de plus en plus. Alors que rendus à 12 ou 13 ans, les spectateurs ont une ouverture sur le monde. Arrêtez de cataloguer ! Jeune, j’en ai vu des shows qui ne s’adressaient pas à moi, et ce sont ceux qui m’ont fait le plus triper. »

Il pense toutefois que son approche lui permet d’avoir un rapport privilégié avec les jeunes. « Pour le Songe, on a fait des lectures dans des classes, et j’ai écouté leurs commentaires. Être à l’écoute, c’est pour moi une qualité primordiale chez un créateur. » Il peut s’agir simplement de changer quelques mots pour faciliter la compréhension de la pièce.

C’est un terrain de jeu fertile pour un metteur en scène. On peut en faire à peu près n’importe quoi. C’est trois pièces en une, une série de dualités : la cour et la jeunesse, les fées et les dieux, les ouvriers et le peuple. On voulait imbriquer ces trois univers et avoir une rencontre entre la théâtralité et le cinéma.

L’éducation à l’art, ce « moment magique » que devrait être une sortie scolaire au musée ou au théâtre, c’est crucial pour ce père de trois garçons. « On a vraiment un problème flagrant d’éducation culturelle au Québec. Parce qu’il y a des contraintes éducatives, d’horaire, d’argent, de temps. »

Après cinq années d’intense engagement au nom des jeunes, où il a notamment siégé au conseil d’administration de Culture Montréal, le créateur s’avoue désabusé. Devant le report de la politique culturelle, et en constatant que le gouvernement n’a jamais publié « l’étude d’impact sur les retombées économiques des arts et de la culture » qu’il avait pourtant lui-même commandée à l’organisme, Frédéric Bélanger en a eu assez.

« Je pense que c’est là où j’ai perdu le plus mon idéal, ma foi en nos instances politiques. » Il laisse désormais à d’autres cette bataille. « Je vais faire mes propres projets, à plus petite échelle. C’est peut-être à ce niveau-là qu’on va changer les choses. »

Le songe d’une nuit d’été

Traduction et adaptation : Frédéric Bélanger et Steve Gagnon. Mise en scène : Frédéric Bélanger. Une coproduction du Théâtre Denise- Pelletier et du Théâtre Advienne que pourra. Au théâtre Denise-Pelletier du 21 mars au 18 avril.