La déesse aux onze visages

Cette version théâtrale retrace l’essentiel du parcours, autodestructeur et d’apprentissage, de Catherine.
Photo: Bruno Guérin Cette version théâtrale retrace l’essentiel du parcours, autodestructeur et d’apprentissage, de Catherine.

Plus encore qu’une transposition scénique du roman de Geneviève Pettersen, La déesse des mouches à feu est un spectacle sur l’adolescence. Grâce à ses interprètes âgées de 14 à 18 ans, la production du PÀP créée au Quat’Sous traduit l’énergie impétueuse, la spontanéité, les excès, les brusques changements émotionnels de cet âge des expérimentations. Une prise de parole frontale et crue, irrésistible par moments.

Ramenant un peu le récit à son squelette, cette version théâtrale retrace toutefois l’essentiel du parcours, autodestructeur et d’apprentissage, de Catherine. « Barouettée » entre des parents séparés, elle s’initie à la drogue, à l’amour et à la sexualité.

Allant du Chicoutimi de 1996, année d’un déluge aux proportions quasi bibliques, au Montréal contemporain, la pièce s’est enrichie, un peu, de la vision de ses vedettes sur leur réalité d’aujourd’hui (dans les présentations qui ouvrent le spectacle notamment). Mais la création semble surtout se concentrer sur ce qui demeure ultimement immuable dans l’étape périlleuse, éprouvante et exaltante de l’adolescence. Un condensé d’une expérience qui est à la fois individuelle et collective.

La décision particulièrement avisée de coiffer chacune des onze interprètes, à tour de rôle, avec la couronne de la Déesse accentue ce caractère universel, et la dimension chorale rappelle l’importance, à cet âge, de l’appartenance à un groupe. Cette protagoniste de 14 ans emprunte donc ici une multitude de visages, de tailles, de couleurs, de styles.

Les metteurs en scène Patrice Dubois et Alix Dufresne ont recruté une belle distribution, d’une réelle diversité — dans plus d’un sens du terme. Si les jeunes comédiennes manquent bien sûr parfois de la technique, de la finition que possèdent des acteurs professionnels, c’est souvent amplement compensé par les accents de vérité de leur jeu. Et plusieurs déploient un véritable tempérament sur scène. Ajoutons que leur aplomb, le soir de la première, aurait fait l’envie de bien des comédiens aguerris.

S’appropriant ce récit qui les concerne, les interprètes campent ici tous les rôles, garçons et parents compris. Comme si on assistait à un grand jeu, qui se rattache encore à l’enfance.

Très soutenu par la trame musicale de Frannie Holder, le spectacle porte un univers à la fois ludique et sombre, où cohabitent sentiment de détachement et fougue, cruauté et vulnérabilité. On y entend un rap percutant sur la haine de la mère — cette femme à qui leurs filles finissent pourtant, inéluctablement, par ressembler. Mais aussi deux touchantes lettres d’amour — qui n’étaient pas dans le roman. Des temps forts d’une pièce qui nous rappelle l’intensité peut-être à jamais perdue de ce difficile âge de toutes les premières.

La déesse des mouches à feu

Texte et adaptation : Geneviève Pettersen. Mise en scène : Patrice Dubois et Alix Dufresne. Production : Théâtre PÀP. Avec : Lori’anne Bemba, Zeneb Blanchet, Charlie Cliche, Evelyne Laferrière, Alexie Legendre, Éléonore Loiselle, Elizabeth Mageren, Kiamika Mouscardy-Plamondon, Éléonore Nault, Jade Tessier et Amaryllis Tremblay. Au théâtre de Quat’Sous jusqu’au 31 mars.