«The Daisy Theatre»: le génie de Ronnie Burkett par la bouche de ses créatures

Scène du «Daisy Theatre»
Photo: Alejandro Santiago Scène du «Daisy Theatre»

Chacune des visites de Ronnie Burkett dans la métropole est une source de ravissement. Depuis 1986, l’extraordinaire marionnettiste albertain, maintenant établi à Toronto, parcourt le monde avec ses nombreuses créatures, des personnages plus attachants les uns que les autres. Après Billy Twinkle, fable autobiographique, et Penny Plain, comédie apocalyptique, deux spectacles présentés à la Cinquième Salle de la Place des Arts, voilà que sa 13e production, The Daisy Theatre, un cabaret aussi tendre qu’irrévérencieux, est à l’affiche du théâtre Centaur.

Dans ce nouveau solo, où chaque marionnette est tout droit sortie de la psyché de celui qui la manipule, où chaque personnage incarne une facette de la forte personnalité de son créateur, Ronnie Burkett prête vie et voix à une quarantaine de créatures absolument truculentes. Il y a notamment Dolly Wiggler, l’aguichante effeuilleuse. Meyer Lemon, le ventriloque endormi, heureusement accompagné de Little Woody, sa volubile marionnette. Edna Rural, la vieille dame, en ville pour remporter un prestigieux concours de tarte. Sans oublier Esme Massengill, la diva décatie, un brin alcoolique, souvent tyrannique et pour le moins grivoise.

Mais le plus émouvant, c’est sans contredit Schnitzel, en quelque sorte le maître de cérémonie de ce cabaret où règnent la nostalgie d’un passé reluisant et l’espoir d’une vie meilleure. Schnitzel, garçon-fée qui attend qu’on lui donne enfin des ailes, Burkett lui a donné naissance dans Tinka’s New Dress, présenté au FTA en 1997. La pièce était un hommage aux artistes tchécoslovaques qui résistèrent à l’occupation nazie en créant dans l’illégalité des spectacles de marionnettes satiriques appelés daisy, les marguerites ayant la capacité de pousser dans le noir.

Croisant sans pudeur le théâtre, l’opéra, le music-hall et le vaudeville, accordant à l’improvisation et à l’interaction avec le public une place fondamentale, le spectacle s’appuie d’abord et avant tout sur le grand talent de Ronnie Burkett, sur ses éblouissantes qualités d’interprètes, mais aussi sur son humour ravageur. Quand il s’agit de s’attaquer au conservatisme, que ce soit en matière de politique, d’art ou de sexualité, le créateur et ses porte-parole à fils sont sans égal. C’est simple, ce Daisy Theatre est si réjouissant, si attendrissant et si mordant que c’est avec tristesse qu’on voit le rideau retomber sur le castelet.

The Daisy Theatre

Créateur et interprète : Ronnie Burkett. Paroles et musique : John Alcorn. Une production du Ronnie Burkett Theatre of Marionnettes. Au théâtre Centaur jusqu’au 24 mars. En anglais, sans surtitres.