«Black Boys»: expérience spirituelle

Les trois performeurs de «Black Boys» sont fort éloquents, mais également portés par une énergie peu commune, un mélange d’aplomb et d’autodérision tout simplement captivant.
Photo: Jeremy Mimnagh Les trois performeurs de «Black Boys» sont fort éloquents, mais également portés par une énergie peu commune, un mélange d’aplomb et d’autodérision tout simplement captivant.

Il faut commencer par se réjouir de ce que le directeur artistique d’Espace libre ait décidé de poursuivre son dialogue avec le Buddies In Bad Times, une maison de Toronto qui s’est donné pour mission d’interroger les normes sexuelles et culturelles. Ainsi, après No Strings (Attached) de Sunny Drake, Geoffrey Gaquère continue d’accorder une place aux enjeux queer en programmant Black Boys, un spectacle galvanisant du Saga Collectif créé en 2016 dans la Ville reine et présenté à Montréal en codiffusion avec le Black Theatre Workshop.

Théâtre, danse, chant, poésie, rap et spoken word… Stephen Jackman-Torkoff, Tawiah Ben M’Carthy et Thomas Olajide ne ménagent aucun effort afin d’explorer leurs riches identités : noire, queer et masculine, mais aussi canadienne, nord-américaine et africaine, entre autres. Racisme, ségrégation, esclavagisme, homophobie, domination, patriarcat, colonialisme et colorisme ne sont que quelques-uns des nombreux sujets cruciaux abordés par le trio, des questions qui sont pour ainsi dire absentes des théâtres montréalais, à tout le moins francophones.

Multipliant les références — de Bayard Rustin et James Baldwin à Black Lives Matter, de Joséphine Baker et Nina Simone à Beyoncé, d’Amazing Grace et We Shall Overcome à Back To Life —, reliant tout naturellement l’individu au collectif, l’intime au politique, la parodie à la contestation et la confession à la revendication, les trois performeurs sont fort éloquents, mais également portés par une énergie peu commune, un mélange d’aplomb et d’autodérision tout simplement captivant, une vigueur qui est pour beaucoup dans le charme du spectacle.

À partir de cette suite de tableaux nécessairement disparates, hétéroclites en ce qui concerne le fond aussi bien que la forme, on déplore tout de même que la mise en scène de Jonathan Seinen, s’appuyant sur quelques panneaux reconfigurés, ne parvienne pas à composer un ensemble plus cohérent, plus équilibré.

Vaste entreprise d’autodétermination, véritable expérience spirituelle tout en étant néanmoins éminemment corporelle, ce spectacle est aussi important pour ceux qui le donnent que pour ceux qui le reçoivent. Dans la soif d’amour et d’autonomie de Stephen, Tawiah et Thomas, dans leur désir d’exister pleinement, de déployer au grand jour la superbe complexité de leurs identités, on entrevoit un monde où l’exclusion ne serait plus qu’un mauvais souvenir, celui d’un temps révolu.

Black Boys

Texte et interprétation : Stephen Jackman-Torkoff, Tawiah Ben M’Carthy et Thomas Olajide. Mise en scène : Jonathan Seinen. Une coproduction de Buddies In Bad Times et du Saga Collectif, en codiffusion avec le Black Theatre Workshop. À Espace libre jusqu’au 17 février. En anglais, surtitré en français.