«Confidences sur l’oreiller»: la vie nocturne de Dulcinée Langfelder

La créatrice montréalaise d’adoption, Dulcinée Langfelder, a gardé pendant des années un magnétophone sous son oreiller pour enregistrer ses rêves.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La créatrice montréalaise d’adoption, Dulcinée Langfelder, a gardé pendant des années un magnétophone sous son oreiller pour enregistrer ses rêves.

On est toujours isolé au plus profond de son sommeil. Dulcinée Langfelder, quant à elle, a décidé de ne plus rêver seule. Elle invite son public à partager ses nuits, dans son spectacle Confidences sur l’oreiller, un essai sur les rêves, qui prend l’affiche les 19 et 20 janvier, au théâtre Outremont.

« Pour beaucoup de gens, le sommeil est le plus grand plaisir de la vie, devant l’amour, le sexe ou la réussite », écrit Dalibor Frioux, dans son délicieux livre Éloge du sommeil à l’usage de ceux qui l’ont perdu, paru récemment au Seuil.

Dulcinée Langfelder aime tant dormir qu’elle n’en veut rien manquer. Durant plusieurs années, elle a posé un magnétophone sous son oreiller et a enregistré les rêves qu’elle faisait dès son réveil. « Quand on rêve, explique-t-elle, l’hémisphère gauche s’éteint. C’est l’hémisphère de la conscience. Dès qu’on se réveille, l’hémisphère gauche se rallume et chasse le rêve. »

Un jour, elle décide tout de même d’écouter ses enregistrements, l’un à la suite de l’autre. « Quand on considère plusieurs rêves d’un individu à la fois, on reconnaît des tendances, et c’est beaucoup plus intéressant que de considérer un seul rêve […]. J’étais frappée de voir la gamme des émotions que ça couvrait. Je voyais bien que j’abordais mes problèmes dans mes rêves. J’étais sidérée par la créativité de mes rêves. Il y en avait qui étaient tellement drôles. Il y en avait qui étaient poétiques. Je me suis dit : "il y a une pièce là-dedans", et je l’ai écrite en dormant ! »

Mise à nu

Sa pièce a d’abord été présentée en anglais, au Centaur il y a un an et demi. Elle vient de la traduire entièrement en français pour la présenter au théâtre Outremont.

Originaire de Brooklyn, Dulcinée Langfelder pourrait avoir été francophone dans une autre vie. Toute petite, elle se souvient d’avoir répété le mot « craie » devant un miroir pour apprendre à dire les « r » à la française. Danseuse, mime, comédienne et chanteuse, elle a adopté Montréal après s’y être rendue avec des membres de la troupe Omnibus.

Avec sa compagnie, Dulcinée et cie, elle explore les profondeurs de l’existence humaine. « Toutes mes pièces sont très personnelles, dit-elle en entrevue. Je considère que c’est ce que je fais bien. Je n’ai pas peur de me rendre très vulnérable sur scène. »

Mais dans cet essai sur les rêves, Dulcinée Langfelder se met à nu plus que jamais. Elle raconte par exemple qu’elle rêve souvent de Barack Obama, pour lequel elle a une grande admiration.

« Une des raisons majeures pour lesquelles j’ai décidé de monter cette pièce est la série que j’appelle "Obama Erotika". J’ai fait six ou sept rêves à son sujet, et j’en ai mis cinq dans le spectacle, dit-elle. Les rêves que je fais sur lui sont érotiques, mais innocents. »

Autre fantôme des rêves de Dulcinée : son père, qui est représenté sur scène par la caméra qu’il avait toujours en main.

L’artiste de 62 ans fait bien aussi quelques cauchemars. « Il y a un cauchemar terrible où je tue un chat. Et il y en a un autre où je bois du poison pour attirer l’attention de mon frère et de mon amant : névrotique au maximum », raconte-t-elle en riant.

Dulcinée Langfelder classe les rêves en trois catégories : les rêves de survie, qui regroupent selon elle les rêves d’anxiété ou d’angoisse de performance, les rêves de procréation, qui parlent d’amour, de sexe ou de famille, et les rêves spirituels, où on tente de se situer dans l’univers, comme un grain de sable par exemple. « Ça, c’est le summum de l’extase », dit-elle.

À l’Outremont, les représentations seront suivies par une discussion mettant en scène Antonio Zadra, psychologue spécialisé dans l’étude des rêves. Dans la mesure où ceux-ci se laisseront bien étudier.

Confidences sur l’oreiller. Essai sur les rêves

De Dulcinée Langfelder, au théâtre Outremont, les 19 et 20 janvier.