«Les contes à passer le temps» – Le Christ revisité

La scène finale boucle la soirée de belle façon avec une libre relecture de la nativité dans laquelle Gaspard, Melchior et Balthazar seront témoins d’une naissance inattendue.
Photo: Cath Langlois La scène finale boucle la soirée de belle façon avec une libre relecture de la nativité dans laquelle Gaspard, Melchior et Balthazar seront témoins d’une naissance inattendue.

Pour une septième année, Les contes à passer le temps prennent d’assaut la Maison historique Chevalier avec leurs histoires, leur folie et leur bar à dessert. Une édition « anniversaire » sous le signe du florilège.

« Anniversaire », ici, signifie que l’équipe des Contes s’est permis de puiser dans six ans d’écriture pour en tirer des morceaux de choix, dans une formule tout en convivialité dont les maîtres mots demeurent authenticité et chaleur.

La profondeur, en contrepartie, pourra faire défaut. On sent bien la tentative du metteur en scène, Maxime Robin, de filer les idées du rituel et de la communion, et quelques évocations de l’actualité viendront émailler les récits — des allusions, en passant, souvent pleines d’à-propos par ailleurs —, reste que l’exercice n’atteint pas la densité que l’on peut espérer d’une soirée de théâtre.

Ce sont là toutefois des considérations qu’il faut laisser de côté, faute de juger l’exercice pour autre chose que ce qu’il est. Ce sont d’autres qualités de toute façon qui ont fait le succès des Contes à passer le temps, ainsi que leur longévité. L’atmosphère est au plaisir, et la chape réconfortante des voûtes Chevalier sert de parfait repaire à ces histoires bâties autour des quartiers de Québec. Il flotte dans l’air un sans-façon qui met la table pour la venue des Fêtes.

Une sélection tout en humour

Pour cette édition « anniversaire », on retrouve somme toute la même formule inchangée, pour constater seulement que ce sont surtout les contes les plus déjantés qui ont rejoint la sélection finale. Malgré quelques moments visant la tendresse, ce sont ceux où les histoires versent dans l’excès qui s’imposent.

On aura droit là-dessus à une Sophie Thibeault en serveuse un peu intense qui, devant un comité de discipline, avancera de malaise en malaise avec les grosses bottes que la comédienne sait chausser. Un conte sur l’amour à l’ère Tinder sert par ailleurs de terrain de jeu à un Maxime Beauregard-Martin qui, en voisin inquiétant, se fait juste et intense dans ses excès d’anxieux chronique. Le charme opère, on est aspiré. Il en ira de même avec une Anne-Marie Côté en exubérante Jeannoise, dans une histoire de tourtière qui bascule tranquillement vers une horreur surprenante.

Deux contes inédits viennent encadrer l’ensemble. En ouverture, Robin s’impose par sa présence généreuse dans une réjouissante confession de jeunesse, et la scène finale boucle la soirée de belle façon avec une libre relecture de la nativité dans laquelle Gaspard, Melchior et Balthazar seront témoins d’une naissance inattendue. La livrée est loufoque, à l’image de la soirée qui s’impose par ses excès, mais également par ces quelques petits moments où l’on s’approche de quelque chose qui tient de l’esprit du rassemblement.

Les contes à passer le temps

Textes : Lorraine Côté, Jean-MichelGirouard, Sophie Grenier-Héroux, Maxime Robin et Érika Soucy. Mise en scène : Maxime Robin, avec Sophie Thibeault. Avec Maxime Beauregard-Martin, Lise Castonguay, Anne-Marie Côté, Jonathan Gagnon, Jack Robitaille, Maxime Robin et Sophie Thibeault. Une production La Vierge folle, à la maison Chevalier jusqu’au 30 décembre.