La pièce de théâtre «Mazal Tov» incarne la difficile cohabitation entre les cultures

Patrick et son meilleur ami Philippe qui déchaînera la colère de la femme de Patrick à la suite d’un supposé geste antisémite.
Photo: Hugo B. Lefort Patrick et son meilleur ami Philippe qui déchaînera la colère de la femme de Patrick à la suite d’un supposé geste antisémite.

Pour sa première pièce, Marc-André Thibault n’a certes pas manqué de hardiesse. Le comédien s’aventure, et c’est a priori méritoire, dans des territoires que le théâtre québécois aborde rarement, soit le choc des différences culturelles au sein d’une union mixte. En plus de ce thème délicat, l’auteur a opté dans la forme pour une autre cohabitation difficile : le mélange des genres, la collision entre l’humour noir et le drame. Toutes choses exigeant un doigté qui fait malheureusement défaut ici.

Mazal Tov s’ouvre pourtant sur une prémisse prometteuse. S’étant marié selon la tradition juive pour plaire à sa future belle-famille, Patrick (le sympathique François-Simon Poirier) s’est blessé en pratiquant l’un des rites. La cérémonie s’achève à l’hôpital où le nouveau marié, cette bonne pâte conciliante, se voit pris entre deux feux, obligé de choisir son camp entre son meilleur ami, Philippe, et sa femme, outrée par un geste antisémite que ce dernier aurait posé.

Avec, d’une part, l’insensibilité, voire l’intolérance du farceur impénitent et, d’autre part, un sentiment de victimisation né d’un passé tragique, il y avait de quoi creuser le champ miné de l’incompréhension culturelle. Ou même d’explorer le questionnement, très actuel, du « peut-on rire de n’importe quoi ? » Mais tout va déraper très vite : Isabelle frappe Philippe, un accès de colère aux conséquences désastreuses. Et une scène maladroitement exécutée, qui semble faire déraper la pièce.

Le directeur du Théâtre Bistouri a peut-être été inspiré par le dramaturge fétiche de la compagnie, Martin McDonagh (L’Ouest solitaire, Les ossements du Connemara), et par sa capacité à aller très loin dans la comédie noire. Mais une telle écriture en équilibre entre deux registres requiert une grande maîtrise. Ce n’est pas le cas ici, où ce mariage est souvent maladroit. Disons qu’il n’est pas facile de faire de l’humour autour d’un personnage devenu subitement tétraplégique… Et en poussant cette situation à l’extrême, Mazal Tov semble changer de sujet central, aux dépens de la thématique des malentendus entre cultures, finalement bien peu fouillée.

L’auteur dépeint au moins avec crédibilité la rancune de Philippe, à qui il offre plusieurs répliques sarcastiques — un ton sardonique rendu avec justesse par Alexis Lemay-Plamondon. Il en va tout autrement du personnage d’Isabelle, contrôlante, tour à tour hystérique et dépressive. Un rôle ingrat que Stéphanie Jolicoeur, récente diplômée du Conservatoire d’art dramatique de Québec, ne parvient pas à rendre autrement qu’exaspérant. Et qui a le malheur d’être le seul personnage féminin.

Jean-François Casabonne, lui, donne une certaine dignité à son père juif d’ascendance marocaine, un personnage qui n’en reste pas moins stéréotypé. Et c’est un peu particulier, sinon gênant, en 2017 de monter une pièce sur la cohabitation culturelle en mettant sur scène une distribution aussi peu diversifiée…

Mazal Tov

Texte et mise en scène de Marc-André Thibault. Une production du Théâtre Bistouri. À la Salle intime du Théâtre Prospero, jusqu’au 9 décembre.