«Os. La montagne blanche» – Un théâtre qui carbure aux absolus

Dans «Os. La montagne blanche», la charge physique de Steve Gagnon et la musicalité de son écriture restent inexploitées.
Photo: Magali Cancel Dans «Os. La montagne blanche», la charge physique de Steve Gagnon et la musicalité de son écriture restent inexploitées.

Dans Os. La montagne blanche, la poésie limpide et chargée de Steve Gagnon s’élève encore une fois pour s’opposer à l’érosion des absolus de la jeunesse dans son passage vers le monde adulte. Gagnon, qui navigue sans cesse entre Québec et Montréal, entre l’écriture et la scène et de l’idéalisme au romantisme, signe un monologue vibrant dans lequel il donne la parole (mais si peu corps) à un jeune homme en deuil de sa mère.

S’emparant de sa tirade, Denis Bernard fait le pari de bousculer un peu les conventions de la représentation théâtrale. On entre dans La Petite Licorne, plongée dans la fumée et dénudée de toutes ses banquettes, un peu comme dans un bar. Le metteur en scène, qui dirige Gagnon pour la deuxième fois dans ses propres mots, mise sur le rythme du texte et sur l’intensité de la musique en direct du duo Le Bleu (une nouvelle formation musicale montréalaise composée du guitariste Nicolas Basque de Plants and Animalset de la choriste-percussionniste Adèle Trottier Rivard) pour impliquer différemment le public.

Or, déplacer la position du spectateur ne suffit pas à modifier l’expérience théâtrale. Et celle-ci repose finalement sur des mécanismes dramatiques assez conventionnels, plaçant le texte (toujours et encore) au coeur de la représentation, alors que la charge physique du comédien et la musicalité de son écriture restent largement inexploitées. Juché sur de petits promontoires, il demeure la plupart du temps dans une adresse frontale, scandant son imposante partition. Sur la musique parfois planante, parfois enlevée de Le Bleu, le comédien n’usera que très peu de son corps, ne voyageant pas entre les états de présence ni entre les sens possibles des mots et de leur mélodie, lorsqu’ils sont momentanément libérés de leur intention.

Ce n’est pas que le comédien peine à maintenir notre attention. Car Steve Gagnon ne manque pas de souffle, ni de conviction. Sa parole est viscérale et concrète, elle ne faillit jamais. Sa plume, tout comme sa prestation, est portée par une énergie remarquable et une vérité touchante qui s’incarne simplement, sans artifices. Dans Os. La montagne blanche, son personnage traverse une crise existentielle. Il s’adresse à sa mère, à qui il livre son besoin d’amour et sa peur d’affronter seul les rudesses incessantes du monde adulte, et à son amoureuse, à qui il promet un amour fou qui jamais ne succombera à la banalité du quotidien. Au monde, il hurle son désespoir et sa fougue, sa soif de vivre passionnément.

Malgré la force indéniable de l’écriture et de la prise de parole, la pièce comporte des écueils dramaturgiques qui sont à l’image du romantisme parfois complaisant de son personnage. De cette mère qui vient de décéder, de cette amoureuse qui lui est dévouée, de son métier d’archéologue, nous ne saurons rien. Tous ces éléments semblent acquis et n’existent qu’à travers lui, ne tournent qu’autour de lui. Ainsi, ils apparaissent parfois comme des prétextes qui lui servent à brandir ses idéaux, plutôt que de nous laisser entrevoir un monde qui les rend possibles.

Os. La montagne blanche

Texte et interprétation : Steve Gagnon. Mise en scène : Denis Bernard. Production Théâtre Jésus, Shakespeare et Caroline, en codiffusion avec La Manufacture. À La Petite Licorne jusqu’au 1er décembre 2017.