«Petit guide pour disparaître doucement» – Plonger en soi

Mélancolique, pour ne pas dire hantée, l’œuvre, éminemment plastique, flirte avec l’installation et la performance.
Photo: Khoa Lê Mélancolique, pour ne pas dire hantée, l’œuvre, éminemment plastique, flirte avec l’installation et la performance.

Au cours des cinq dernières années, Félix-Antoine Boutin a jeté les bases d’une oeuvre qui s’annonce exceptionnellement riche. Depuis sa sortie de l’École nationale de théâtre en 2012, l’auteur et metteur en scène, directeur de la compagnie Création Dans la Chambre, a donné naissance à neuf spectacles, des pièces qui allient de manière admirable cohérence et renouvellement.

Alors que le créateur a mis un certain temps à se définir comme auteur en bonne et due forme, voilà enfin que trois de ses textes sont publiés ensemble chez Triptyque, dans la toute nouvelle collection « Matériaux » dirigée avec un dynamisme contagieux par Émilie Coulombe et François Jardon-Gomez, qui estiment que « le livre peut archiver des créations et que la matérialité de l’objet n’est pas un frein à une certaine expression de l’évanescence de la scène ».

Ainsi, en plus de Koalas (2014) et d’Un animal (mort) (2016), deux pièces créées au Théâtre d’aujourd’hui, le livre contient la partition franchement fragmentaire, mais surtout pleinement poétique de Petit guide pour disparaître doucement, un quasi solo que Boutin reprend ces jours-ci à la Chapelle après l’avoir présenté à l’Usine C en 2016. Mélancolique, pour ne pas dire hantée, l’oeuvre, éminemment plastique, flirte avec l’installation et la performance.

Il y a les mots projetés, en caractères d’imprimerie ou en lettres attachées, sur le tableau qui se trouve à l’avant-scène ou encore sur le mur du fond, mais aussi les dessins, expressives chorégraphies de bonhommes allumettes, sans oublier les menus objets qui constellent le plateau, pierres immuables et petites maisons balayées par le souffle des ventilateurs. Dans cette sorte de cimetière, émouvant archipel de la mémoire conçu par la scénographe Odile Gamache et l’éclairagiste Julie Basse, Boutin défend certainement son texte le plus autobiographique, le plus personnel et le plus intime.

Faire l’inventaire de ses deuils, dénombrer les vivants et les morts, les gains et les pertes, les désirs et les désespoirs, voilà l’exercice courageux auquel se livre le créateur. Impossible de ne pas se reconnaître quelque part dans cette quête mélancolique qui mène de l’enfance à l’âge adulte, du rêve à la désillusion, de la solitude à la multitude. Avec ses dédoublements et ses dissociations, ses maisons qui parlent et ses fantômes qui virevoltent, la représentation est une féconde méditation sur la mémoire, de celles qui laissent une impression forte.

Petit guide pour disparaître doucement

Texte: Félix-Antoine Boutin et Odile Gamache, mise en scène et interprétation : Félix-Antoine Boutin. Une production de Création Dans la Chambre. À La Chapelle jusqu’au 21 octobre.