La pièce de théâtre «À te regarder, ils s’habitueront», un projet prometteur, mais pas à la hauteur

«À te regarder, ils s’habitueront» est loin, bien loin de faire écho à la complexité du Québec d’aujourd’hui.
Photo: David Ospina «À te regarder, ils s’habitueront» est loin, bien loin de faire écho à la complexité du Québec d’aujourd’hui.

La saison du Théâtre de Quat’Sous s’ouvre avec un spectacle imaginé par 6 metteurs en scène et 11 interprètes, des hommes et des femmes aux origines diverses qui ont été chargés par Olivier Kemeid et Mani Soleymanlou de cristalliser le présent à partir d’un moment marquant du passé. Malheureusement, À te regarder, ils s’habitueront est loin, bien loin de faire écho à la complexité du Québec d’aujourd’hui.

La formule s’apparente à celle des collectifs littéraires, série de textes commandés aux représentants d’une époque, d’une mouvance ou d’une génération à partir d’un thème plus ou moins en vogue. Sur papier, l’exercice orchestré par Kemeid et Soleymanlou était très prometteur, et même enthousiasmant. Des créateurs venus du théâtre, mais également de la danse et du cinéma. Des comédiens aussi talentueux qu’absents des scènes. Des points de départ fertiles comme le Manifeste du FLQ, l’Osstidcho ou le discours prononcé par Jacques Parizeau après la défaite du Oui en 1995. En fin de compte, on a droit à des numéros tout bonnement juxtaposés et, bien souvent, sur le fond comme sur la forme, dépourvus d’originalité.

Sans surprise, la soirée adopte une tangente nettement comique. Quand vient l’heure d’aborder les sujets qui divisent, l’humour désamorce, c’est bien connu, mais on s’étonne tout de même que certains numéros flirtent à ce point avec le sketch. La conversation supervisée par Bachir Bensaddek entre Leïla Thibeault-Louchem et Inès Talbi est terriblement autoréférentielle, mais aussi, il faut le reconnaître, très drôle. Plus désopilante encore est l’irrévérencieuse bataille rap que Jean-Simon Traversy a organisée entre Obia le Chef et Olivia Palacci. Quant au dialogue imaginé par Dave Jenniss entre deux autochtones célébrant la fête du Canada dans un état d’ébriété avancé, sa dérision ne mène nulle part.

Alors que Nini Bélanger et Emma Gomez tracent des parallèles peu convaincants entre l’indépendance du Québec et celle de la Catalogne, Chloé Robichaud provoque une rencontre émouvante entre Fayolle Jean et Igor Ovadis. Il est question d’Haïti, de l’Union soviétique, du Québec et du métier d’acteur. Malheureusement, c’est quand leurs propos deviennent passionnants, débarrassés des lieux communs, que la scène arrive à sa fin. Abordant rôles sexuels, relations interculturelles et corps atypiques, la chorégraphie de Mélanie Demers est brillamment exécutée par Angie Cheng et Jacques Poulin-Denis. C’est sans contredit le segment le plus « parlant » de la soirée.

À te regarder, ils s’habitueront

Idéation et codirection artistique : Olivier Kemeid et Mani Soleymanlou. Mise en scène : Nini Bélanger, Bachir Bensaddek, Mélanie Demers, Dave Jenniss, Chloé Robichaud et Jean-Simon Traversy. Une coproduction du Théâtre de Quat’Sous et d’Orange Noyée. Au Théâtre de Quat’Sous jusqu’au 30 septembre.