Un théâtre jeunesse qui joue les philosophes

Jean-Philippe Joubert est délégué artistique aux Gros Becs et directeur artistique de la compagnie Nuages en pantalon.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Jean-Philippe Joubert est délégué artistique aux Gros Becs et directeur artistique de la compagnie Nuages en pantalon.

La rentrée théâtrale jeunesse laisse poindre quelques pièces qui ont fait leur marque — Et voilà encore un beau dimanche de passé !, Déjà au début, Lettre pour Elena en tête — mais aussi de nouvelles créations, notamment L’hôpital des poupées, une adaptation théâtrale du roman philosophique d’Anna Margaret Sharp, The Doll Hospital (1996), par la compagnie Nuages en pantalon, qui attire beaucoup notre attention.

Joint par téléphone par Le Devoir alors qu’il était en pleine heure de lunch avec son petit de quatre ans, Jean-Philippe Joubert, auteur, metteur en scène, délégué artistique aux Gros Becs et directeur artistique de la compagnie Nuages en pantalon, parle avec enthousiasme de l’importance de valoriser la curiosité et la force de penser par soi-même chez les enfants. « Ce qui nous a intéressés au-delà du travail pédagogique qu’il y a dans le roman de Sharp, c’est cette fable qui incarnait bien l’idée d’une réflexion sur le monde à partir d’un quotidien très proche de l’enfant. »

Photo: JC Verdière Trois interprètes de la pièce «Lettre pour Éléna»

Cette fable, c’est l’histoire de Dominique et de sa poupée Rose, qui l’aide à appréhender le monde jusqu’à ce qu’un accident survienne. La poupée se casse et doit se rendre à l’hôpital des poupées, où on lui donnera une nouvelle tête. Joubert explique que « c’est une réflexion sur le monde à partir d’une fable simple, mais à travers laquelle se posent des questions sur le bien, le mal, la vérité, le mensonge, sur l’identité et ce qui nous définit. L’enfant repose sur sa poupée pour apprivoiser le monde, mais elle se rend compte finalement que c’est elle qui la faisait parler, qu’elle est capable toute seule d’avoir une vision, une réflexion sur le monde ».

Pour Joubert, qui signe ici la mise en scène, l’angle philosophique de l’histoire était tout à fait approprié pour permettre non pas de parler philo avec les enfants, mais plutôt leur proposer un espace de réflexion. « J’aime beaucoup ce moment d’arrêt qui nous faire voir les choses différemment. C’est important de leur donner confiance en leur pensée et c’est ce que permet le théâtre. Il sert à regarder des choses plus précisément, à les ressentir puis à y réfléchir. C’est cet espace que j’ai envie de donner avec L’hôpital des poupées. Cette prise de position sur la pensée critique, c’est quelque chose que l’on doit valoriser, dire et redire. »

Cette toute nouvelle pièce sera présentée au Théâtre des Gros Becs du 14 au 26 novembre, puis à la Maison Théâtre en février.

L’adaptation à la une

Parallèlement à cette création, plusieurs adaptations seront de retour sur scène cet automne. Jasmine Dubé sera à la Maison Théâtre avec son album Ma petite boule d’amour paru à La Bagnole. Un récit tout en douceur dans lequel se déploie une relation père-fils tendre et attachante. La mise en scène signée Jean-François Guilbault et Dubé se veut une véritable ode à Fanfreluche. Dubé reviendra aussi avec Papoul, aux Gros Becs (du 24 oct. au 5 nov.), puis à la Maison des arts de Laval (5, 6, 7 déc.).

Autre univers, celui du conte de Claude Aubry, Le loup de Noël, paru à la Montagne secrète, sera aux Gros Becs en décembre. Mis en scène par Edgar Bori, le texte est accompagné de la musique du groupe Bon Débarras.

Pour les plus grands, la Maison des arts de Laval présente Quichotte du Théâtre Ombres folles. Le roman de Cervantès est librement adapté ici sous forme de théâtre d’ombres et d’objets, le tout joué par deux comédiens marionnettistes. (17 déc.)

À ne pas manquer aussi, Les aventures de Lagardère, une adaptation libre et brillante du roman Le bossu de Paul Féval. La pièce fut jouée tout l’été dans les parcs de la région de Lanaudière et sera à la salle Fred Barry du théâtre D-P en décembre.

Côté danse, L’École buissonnière revient en décembre à la Maison des arts de Laval, sinon il faudra attendre l’hiver pour plus de pointes, de sauts et d’autres cabrioles. Enfin, l’art clownesque sera aussi au rendez-vous avec Terzetto, une production du Théâtre de L’Aubergine, à la Maison des arts de Laval.


EMMAC Terre marine

Inspirée d’un conte inuit, la fable a pour décor le Grand Nord et nous plonge dans l’univers d’une jeune fille partie au fond des mers à la recherche de son père disparu. Chorégraphie, jeu, marionnettes, danse, mariage des disciplines se mêlent au texte et à la narration de Richard Desjardins et à la musique envoûtante de Jorane. Une production de Danse-Cité et d’Emmanuelle Calvé. À la Maison Théâtre du 22 au 26 novembre.