Trois pièces roderont la salle rénovée du théâtre Espace Go

Malgré les rénovations, l’esprit de la salle demeure, affirme la directrice générale et artistique, Ginette Noiseux.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Malgré les rénovations, l’esprit de la salle demeure, affirme la directrice générale et artistique, Ginette Noiseux.

Le revêtement du plancher de la salle de répétition de l’Espace Go, rue Clark, est complètement arraché. Des bruits de scie et des coups de marteau viennent interrompre les propos de la directrice générale et artistique, Ginette Noiseux, répercutés par l’écho venu de la mise à nu de cette grande pièce. C’est que le théâtre du boulevard Saint-Laurent, consacré aux écritures contemporaines et surtout aux femmes qui les font, est à se refaire une beauté. Sa saison théâtrale en sera écourtée, ne débutant qu’en février 2018. Et les murs, alors, en seront partagés.

Car la compagnie d’Annabel Soutar, Porte Parole, qui a secoué ces dernières années le théâtre québécois par sa manière d’y faire du documentaire (J’aime Hydro, Fredy), sera désormais sous ce toit, au premier étage. On savait déjà qu’UBU, de Denis Marleau et Stéphanie Jasmin, devrait mettre fin là à ses itinérances, en occupant les nouveaux espaces, grugés sur l’ancien stationnement, et qu’un laboratoire technologique permettant de faire de la vidéo, du son, des podcasts, sera à la disposition du milieu théâtral.

La 39e saison de l’Espace Go sera donc, chantier oblige, écourtée. « On ne touchera pas du tout à la structure, on répare la salle. L’esprit demeure », a précisé Mme Noiseux, scénographe de formation, qui dit s’amuser fort dans cette reconfiguration des lieux. Il faut dire qu’elle a déjà vécu la construction, en 1995, de l’Espace Go, avec Éric Gauthier, architecte cette fois encore réinvité. « Les nouvelles écritures contemporaines, de plus en plus hybrides, demandent un théâtre extrêmement mobile, estime-t-elle. L’Espace Go se transforme pour vrai. » Mais pour ces nouvelles écritures, les savoir-faire artisanaux sont essentiels, croit Mme Noiseux. « Tout ce patrimoine invisible qu’on est en train de perdre avec les coupes budgétaires… Plus personne ne sait faire de la peinture scénique, par exemple, de la couture, de la coupe, c’est dramatique ! On aura aussi un petit atelier de couture. Et on double les loges, qui étaient intenables. L’idée, c’est de devenir un vrai centre de création, de recherche, de transmission des savoirs. »

Trois visages, trois temps

Trois spectacles pour une saisonnette, donc, tous traversés par « la spiritualité », nomme la directrice d’une voix soudain plus faible — « j’hésite à dire ce mot-là ; j’ai peur qu’on confonde avec la religion… » et par un travail sur les voix, leurs timbres, leurs modulations. « L’ensemble de la saison est à l’image des recherches menées ici, dont Marie Brassard, Evelyne de la Chenelière et Ana Sokolovic sont des icônes », croit Ginette Noiseux.

D’abord, Les Marguerite(s), où Stéphanie Jasmin, d’UBU, revient pour une rare fois à l’écriture, à travers la figure de la mystique chrétienne du XIIe siècle Marguerite Porete, auteure du Miroir des simples âmes anéanties, condamnée à être brûlée en 1310, grande inspiration de maître Eckhart. L’étoile de la danse Louise Lecavalier meublera le silence qu’a tenu la mystique tout au long de son procès ; en alternance, Céline Bonnier et Évelyne Rompré seront, grâce aux jeux de masque du travail de Denis Marleau et Jasmin en mise en scène, d’autres Marguerite inspirées par Porete (de Flandre, de Navarre, d’Oingt, Duras…). Sophie Desmarais jouera une lectrice contemporaine. « Comme souvent chez les grandes actrices, chez Desmarais comme chez Bonnier, Rompré, Anne-Marie Cadieux, Sylvie Drapeau, on voit une quête de l’intangible, de ce qui est permanent et inaccessible en même temps », avance Mme Noiseux.

L’auteure Evelyne de la Chenelière terminera sa résidence d’écriture en voyant et en jouant la mise en scène que signera Marie Brassard de son texte La vie utile, composé en partie en palimpseste, bouts de papier collés et superposés sur un mur du théâtre. Un texte sur la mort des objets, des humains, issu de deux livres fondateurs de l’auteure, comme piliers du bien et du mal, du bon usage et de l’amoral : La Bible et le Précis de grammaire française. Aussi avec Christine Beaulieu, Sophie Cadieux, Louis Negin et le jeune Théodore Pellerin.

Et avec l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal, dans une mise en scène de Martine Beaulne, en serbe et en français, Svadba (mariage), un opéra de chambre a capella signé par la Montréalaise Ana Sokolovic, pour six voix de femmes, sur un enterrement de vie de jeune fille. Par hasard, c’est la musique de Sokolovic qui hante également le spectacle d’UBU qui inaugurera la nouvelle salle.