Les fantasmes… artistiques de Mathieu Quesnel, au Zoofest

Mathieu Quesnel animera le Cabaret érotique du Zoofest les 11, 12, 19 et 20 juillet.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Mathieu Quesnel animera le Cabaret érotique du Zoofest les 11, 12, 19 et 20 juillet.

Mathieu Quesnel dit à la blague qu’il doit son embauche comme animateur du Cabaret érotique à sa nature de touche-à-tout. Celle-ci se vérifie, à tout le moins au sens figuré. « Parfois je ne sais pas trop comment me définir parce que j’ai plein d’idées de choses différentes qui me font envie, explique le coauteur du récent L’amour est un dumpling. Je suis comédien à la base, parce que ça me permet de jouer aussi les rôles de metteur en scène et d’auteur. » L’an dernier, il a aussi tâté du métier d’humoriste en testant au Zoofest un premier numéro de stand up, Moi moi moi.

Cet été offre un bon exemple de sa polyvalence. Le créateur a dirigé et coécrit, avec Guillaume Tremblay du Théâtre du Futur, 3-2-1 Coupez !, du théâtre de rue présenté sur Émery du 17 au 22 juillet. À travers ce « tournage totalement délirant » d’un film d’époque réalisé par un cinéaste venu de l’avenir, la vedette du long métrage Le vrai du faux s’est amusé à parodier les mécanismes du cinéma à gros budget. Jouant par ailleurs dans Molière, Shakespeare et moi au Théâtre du Rideau vert, le comédien devra se débarrasser en vitesse de ses postiches de coureur des bois les quatre soirs où il animera aussi, à 22 h 30, le Cabaret érotique. Au club de danseuses Café Cléopâtre, bien sûr.

Coproduit par Zoofest et le Salon du livre de Montréal, l’événement présente un panorama contrasté d’auteurs (Stéphane Dompierre, Simon Boulerice, Marie Gray, Ghislain Taschereau, Geneviève Jannelle, Justin Laramée, Véronique Marcotte, Anne-Marie Dupras, Mathieu Leroux, Pierre-Luc Landry, Claudia Larochelle, Caroline Allard, Guillaume Lambert et David Goudreault) qui viendront lire leur propre texte pour adultes, à raison d’un quatuor par soir.

Pour le monologue d’ouverture et les intermèdes, Mathieu Quesnel a concocté des textes de son cru qui relèvent davantage « d’une expérience sensorielle ». Il nous promet un peu de musique, un appel en direct avec une ligne érotique et l’incarnation de quelques stéréotypes du genre (le cuisinier, le pompier…). « Je veux explorer toutes les facettes de l’érotisme. Est-ce qu’il y aura forme de nudité ? Peut-être », lance, aguicheur, le beau gaillard qui admet être plutôt « cruiseur » dans la vie et qui s’amuse à flirter avec ses amis gais. « Nous les comédiens, on est souvent dans la séduction. »

Chez moi, l’érotisme est lié à mon côté comique parce que ma gêne m’amène parfois à faire de l’humour


Le cabaret comporte aussi bien sûr un ton loufoque. « Chez moi, l’érotisme est lié à mon côté comique parce que ma gêne m’amène parfois à faire de l’humour. Au Conservatoire, je jouais les nuvites. Quand les étudiants étaient trop stressés, un ami de ma classe et moi courions tout nus dans les locaux pour détendre l’atmosphère… »

La part du rêve

Même s’il ne consomme pas normalement de littérature érotique comme telle, ce grand adepte des récits crus de Charles Bukowski a déjà écrit quelques textes, présentés en lecture à La Licorne, qui flirtaient avec la sexualité. « J’ai une blonde, des enfants et parfois le théâtre devient un lieu où tout est possible, où tu vis ce que tu as dans la tête. »

Que trouve-t-il érotique ?« Les cheveux dans le cou. Le voyage. Prendre le train. Regarder les gens de loin [rires]. Parce que l’érotisme, c’est l’imagination. C’est mieux d’imaginer. Le fantasme est souvent plus beau que la réalité. »

Mathieu Quesnel rappelle qu’il appartient à la génération qui « a vécu la transformation de la pornographie », qui est passée des magazines aux vidéos puis à l’Internet. À l’époque de son adolescence, l’érotisation passait même par le catalogue de lingerie féminine de La Senza, premier matériel fantasmatique… « Aujourd’hui, c’est sûr qu’on est peut-être portés à consommer plus de pornographie parce que c’est si facile. » Mais pour le comédien, cette abondance finit par agir comme un repoussoir. « Il n’y a plus d’érotisme là-dedans. La fille dans le magazine de La Sensa n’était pas nue. Alors il y avait une part d’imagination. »

À l’heure où la sexualité sur Internet ne laisse plus aucune place au mystère, l’érotisme n’en acquiert peut-être qu’une plus grande valeur. « La pornographie nous entraîne dans quelque chose qui peut être très attrayant, mais qui tourne en rond. Dans l’érotisme, il y a une part de sexualité, mais aussi de rêves, et peut-être davantage d’espace pour le délire. Pour d’autres facettes comme l’humour. Je trouve que l’érotisme c’est sain pour l’esprit, ça permet de garder un équilibre mental, finalement. »

Cabaret érotique

Animé par Mathieu Quesnel. Au Café Cléopâtre les 11, 12, 19 et 20 juillet.