Théâtre: Lagardère dans la roulotte de Paul Buissonneau

Le professionnalisme des comédiens, leur jeu franc, solide et très physique, permet une représentation brillante et riche, un théâtre qui reprend avec finesse ici les traits de la commedia dell’arte.
Photo: Luc Lavergne Le professionnalisme des comédiens, leur jeu franc, solide et très physique, permet une représentation brillante et riche, un théâtre qui reprend avec finesse ici les traits de la commedia dell’arte.

Assoiffé de pouvoir et d’argent, Philippe de Gonzague (Patrick Dupuis) manigance pour mettre la main sur la femme et la fortune de son cousin le duc de Nevers (Félix Monette-Dubeau). Jouant de coup d’épée dans le dos, il ira jusqu’à tuer le duc, espérant ainsi épouser Blanche de Caylus (Milva Ménard). Mais le chevalier Henri de Lagardère (Alex Bergeron), fidèle au duc, n’a pas dit son dernier mot. Pour venger Nevers et sa fille Aurore (Anne Trudel), il devra déjouer les plus vils plans de Gonzague et faire tomber les masques.

Si Frédéric Bélanger, auteur et metteur en scène, reprend ici la trame principale du Bossu, jouant sur différents tableaux nous transportant de la campagne française à Paris (là où Lagardère devient bossu), il offre une adaptation vibrante et rythmée ne lésinant pas sur les combats d’épées et l’action. Il faut dire que l’entrée en matière est particulièrement réussie. Dans un décor inspiré d’un village européen, ce n’est pas Lagardère ou Nevers qu’on nous présente d’abord, mais plutôt un père (Félix Monette-Dubeau) qui demande à ses quatre enfants de jouer la pièce mettant en scène le chevalier. C’est donc du théâtre dans le théâtre que propose Bélanger, une formule qui laisse place à quelques aller-retour amusants entre l’univers de Féval et cette famille italienne de comédiens ambulants.

Jouer d’humour

Cette mise en abyme permet de dédramatiser certaines scènes, de relâcher la tension puis de relancer l’action de façon humoristique. La mort de Nevers sur scène a notamment fait réagir haut et fort un petit captif, étonné, perplexe devant cette fatalité : « Il l’a tué ? ! ? ! » Jusqu’à ce que Nevers revienne à son rôle de père de famille et demande à son fils de mieux jouer la scène.

Dans cette ronde loufoque, mêlant habilement plusieurs couches de fiction, les comédiens s’amusent par ailleurs avec les spectateurs, les interpellent, brisent le 4e mur, les utilisent, jouent avec ceux qui deviennent partie prenante du théâtre. En tête, cet instant où les comédiens cherchent une belle jeune femme blonde dans l’assistance, mais choisissent un homme, visiblement peu enchanté d’être l’élu, contrairement au public très amusé par l’absurde de la scène.

Le professionnalisme des comédiens, leur jeu franc, solide et très physique — il faut les voir combattre à l’épée, courir sur scène et autour, multiplier les rôles tout comme les entrées et les sorties —, permet une représentation brillante et riche, un théâtre qui reprend avec finesse ici les traits de la commedia dell’arte. À cela s’ajoutent des costumes raffinés nous faisant quitter momentanément la fraîcheur du parc Antonio-Barrette pour nous propulser dans cette époque de cape et d’épée aux accents gitans, allègrement soutenue par une musique gipsy.

La roulotte de Paul Buissonneau prend donc d’assaut, pour une cinquième saison, les parcs de la région de Lanaudière, et ce, jusqu’au 29 août. Que viva el teatro !

Les aventures de Lagardère

De Paul Féval. Adaptation et mise en scène : Frédéric Bélanger. Avec Alex Bergeron, Patrick Dupuis, Milva Ménard, Félix Monette-Dubeau et Anne Trudel. Une production du Théâtre Advienne que pourra. Public cible : 10 à 17 ans. Dans les parcs de Lanaudière jusqu’au 29 août. laroulotte.ca/calendrier.