Zoofest: Frédéric Barbusci veut capturer la spontanéité

Frédéric Barbusci affirme que l’art spontané peut parfois surpasser en vérité un texte écrit et répété pendant des semaines.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Frédéric Barbusci affirme que l’art spontané peut parfois surpasser en vérité un texte écrit et répété pendant des semaines.

Joueur le plus récompensé de l’histoire de la LNI (Ligue nationale d’improvisation), cofondateur de la troupe Cinplass, Frédéric Barbusci n’a de cesse de chercher à renouveler un exercice qu’il pratique depuis l’âge de 12 ans. Un art qu’il nomme « théâtre spontané », le terme improvisation étant trop identifié, dans l’esprit de plusieurs, aux matchs d’impro et aux ligues amateures. « Plus ça va, moins on dit qu’on fait de l’impro. On dit juste que c’est notre façon de faire du théâtre », explique le créateur.

Présenté au Zoofest, Dompteur est l’un des concepts qu’a développés la compagnie qu’il codirige, les Productions de l’Instable. « Un soir à la Ligue d’improvisation montréalaise, j’avais dit à ma troupe : je vais vous diriger pendant que vous jouez. Et ça a été comme une révélation. » La présence d’un metteur en scène sur les planches, baptisé le dompteur, durant l’acte créatif permet de diviser les rôles et donc de « pouvoir partager un peu la lourdeur des choix ». « Le dompteur peut voir des choses que les interprètes ne voient pas parce qu’ils sont en train de vivre l’expérience, note Frédéric Barbusci. L’avantage est aussi que le dompteur peut pousser les comédiens dans des directions où ils n’oseraient pas aller par eux-mêmes. » Et à l’inverse, l’interprète trouve une liberté à se délester sur autrui de la responsabilité de l’orientation prise par l’improvisation.

Pourquoi dompteur ? Parce que dans ce rapport de confiance, les comédiens doivent s’abandonner complètement à ses directives. « Avant le spectacle, on leur dit : ne réfléchissez pas, ne faites que réagir à ce qu’on vous propose, et on va voir ce que ça donne. » Et souvent leur réaction va inspirer en retour le dompteur pour lancer de nouvelles commandes. « Il y a vraiment une collaboration dans la création et dans la surprise. »

Données à voix haute au début des scènes, les instructions peuvent ensuite être soufflées à l’oreille si les comédiens sont engagés dans un moment intense. « C’est là que le dompteur devient un peu marionnettiste : si on ne le regarde pas, on ne voit que la marionnette. Il y a des spectateurs qui oublient complètement la présence du dompteur. »

Le but ultime est de créer des scènes sur le vif, avec des réactions vraies. En fait, on demande beaucoup aux comédiens de ne pas créer d'effets.

 

Ce dernier se prépare-t-il ? « Habituellement, on apporte une petite valise contenant des objets, qu’on peut tendre à l’interprète pour amorcer une scène, répond Frédéric Barbusci, qui partagera en alternance le rôle avec le réalisateur Christian Laurence durant les six spectacles au Zoofest. Moi, je prépare deux ou trois idées. Mais les meilleures soirées sont souvent celles où je vais oublier de les utiliser. » Où il trouve ses idées dans le feu de l’action.

En fait, c’est l’interprète qui constitue la matière première de l’inspiration. Mathieu Lepage, Joëlle Paré-Beaulieu, Anne-Marie Binette, Nicolas Michon, Johanne Lapierre et Barbusci lui-même se prêteront au jeu, par paires différentes. À l’exception de la dernière soirée, où ils joueront en quatuor, et d’un show solo avec l’improvisatrice émérite Salomé Corbo. Un musicien sera aussi présent à chaque spectacle. « Le but ultime est de créer des scènes sur le vif, avec des réactions vraies. En fait, on demande beaucoup aux comédiens de ne pas créer d’effets. »

Selon son concepteur, la formule engendre chaque fois un ou plusieurs moments rares. Notamment lorsque le dompteur perçoit le réflexe d’autocensure de son interprète, décide de passer outre et de continuer à le pousser. « Lorsqu’on porte à la fois les chapeaux d’auteur, de comédien et de metteur en scène, on essaie parfois d’évaluer le résultat [d’une impro] à l’avance. » Rien de tel ici. « Et ça donne de belles choses. »

Le jeu de la vérité

Les Productions de L’Instable explorent une « autre manière de créer une théâtralité ». À partir d’un processus inversé : « on pratique notre abandon pendant des années, on joue un texte pour une première fois, et ce n’est qu’après qu’on constate [le résultat] ». Frédéric Barbusci affirme que l’art spontané peut parfois surpasser en vérité un texte écrit et répété pendant des semaines. « C’est pour ces moments-là qu’on vit. »

Mais la justesse d’un spectacle d’improvisation est davantage soumise à des hauts et des bas. D’où la recherche de conditions propices à l’élimination des « moments plus vaseux ». « On constate que ceux-ci surviennent quand on essaie de faire de la performance, quand on essaie de prévoir où l’on s’en va plutôt que de vivre le moment présent. Avec nos spectacles, je pense qu’on tient quelque chose. On a réussi à élever le plancher. »

Venu assister l’an dernier à leur spectacle Trois, son ancien professeur de théâtre les a félicités pour le bon choix de texte. « C’est drôle, raconte Barbusci, parce qu’il n’y avait pas de texte… »

Dompteur

Direction artistique de Frédéric Barbusci. Un spectacle des Productions de L’Instable. Au Cabaret du 4e au Monument-National du 6 au 11 juillet et les 25 et 26 juillet.