Quand l’actrice devient spectatrice au ZH Festival

Julianne Coté invite les spectateurs à venir voir des morceaux choisis dans le parcours de Pfeiffer, certains remontant à ses débuts, d’autres passés sous le radar.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Julianne Coté invite les spectateurs à venir voir des morceaux choisis dans le parcours de Pfeiffer, certains remontant à ses débuts, d’autres passés sous le radar.

Une fan, c’est ça. Quand elle parle de son admiration pour Michelle Pfeiffer, le doux ton de Julianne Côté s’emballe. « C’est mon modèle de talent, de beauté. Je fatigue tout le monde autour de moi avec ça. Souvent, ça étonne un peu les gens parce qu’elle n’appartient pas à ma génération et qu’on ne la voit plus beaucoup. Mais [cette passion] a toujours été en moi. »

La vedette de Tu dors Nicole ouvre le ZH Festival avec Ciné-club Michelle Pfeiffer : l’obsession, un événement gratuit où elle visionnera quinze films de la blonde actrice en 35 heures (plus une pause de quatre). Une expérience qui s’annonce ludique, mais aussi traversée par « une quête de sens ». Au terme de cette boulimie cinématographique, qui fera défiler sur grand écran et dans l’ordre chronologique la « semi-intégralité » d’une filmographie, Julianne Côté va se soumettre à une entrevue sur scène. Elle fera le point sur son obsession. Celle-ci est-elle justifiée ? A-t-elle pu percevoir une évolution dans la carrière de son idole ? Et ultimement, Michelle Pfeiffer est-elle une grande actrice ? Appelée à définir ce qualificatif, la comédienne décrit « quelqu’un qui n’a pas peur de se mettre en danger, qui obnubile, peu importe le rôle, dont émane une force, comme une sorte de centrifugeuse. » Et dont l’interprétation peut se révéler tellement juste et vraie qu’elle défie toute compréhension. « C’est un mystère total, le jeu. Un don. »

La fan a pleine confiance que ce marathon ne va que renforcer son admiration. « Si jamais ça s’écroule, je vais être détruite. Toutefois, je vais être honnête et le dire, parce que c’est le but de l’exercice. Mais ça se peut comme pas… »

La naissance d’une admiration

Les spectateurs sont donc conviés à venir voir des morceaux choisis dans le parcours de Pfeiffer, certains remontant à ses débuts, d’autres passés sous le radar que sa plus grande fan n’a pas encore vus (tel Chéri de Stephen Frears.) La sélection inclut les trois films qui ont le plus marqué Julianne Côté : Les liaisons dangereuses, The Fabulous Baker Boys et… Batman returns.

Vue à l’âge tendre de trois ans, cette oeuvre de Tim Burton est à l’origine de son obsession pour l’interprète de la Femme-chat. Ce personnage qui transforme sa fragilité en force a fasciné la petite fille. « Pour moi, c’est [l’image] ultime de la femme qui prend le contrôle de sa vie. J’ai perdu ma mère vers cette période-là et je pense que je me suis identifiée à ce personnage féminin qui renaît. » C’est aussi ce qui a suscité son désir d’être comédienne, croit celle qui a connu son premier tournage à 11 ans (dans une publicité pour les fromages du Québec, dirigée par Jean-Marc Vallée !).

Il n’est pas rare pour des comédiens d’être eux-mêmes de grands fans, estime la jeune actrice. « C’est un moteur. C’est nourrissant aussi, observer des performances. » Il lui arrive souvent de visionner plusieurs fois de suite certaines scènes afin d’étudier un regard ou une réaction qui la fascine chez un interprète. « On a tous des failles comme acteurs, des choses qu’on éprouve plus de difficultés à faire, qui nous complexent. Alors, voir [d’autres comédiens], c’est une école. Moi, je pense que j’ai énormément appris en regardant Michelle Pfeiffer jouer. Créer, c’est voler un peu, sans copier. C’est s’approprier. »

Les choix de Michelle

Le profil d’un acteur se construit au fil des contrats qu’il accepte — et de ceux qu’il refuse, mélange de concours de circonstances et de choix personnels et artistiques. Julianne Côté parle avec ferveur de son idole comme d’une artiste « dévouée à son métier », qui a peu d’amour pour la machine du show-business. D’où peut-être un certain éloignement des feux de la rampe. Si Michelle Pfeiffer — qu’on verra dans le prochain film de Darren Aronofsky, Mother ! — avait accepté de tourner Le silence des agneaux, Thelma et Louise et Pretty Woman, des rôles qu’on lui avait d’abord offerts, son admiratrice est persuadée que sa carrière aurait pris une autre tournure. « Mais elle a fait des choix de principes. Comme ne jamais faire de nudité. On peut être une grande actrice et se montrer nue, mais elle n’avait pas envie de ça. Elle a toujours fait des choix très nobles, avec des personnages étoffés, et pour se mettre en danger. » Des convictions que la comédienne juge inspirantes.

L’interprète de l’émission jeunesse Chalet à VRAK et du film Ça sent la coupe, entre autres, se dit ravie du cours de sa propre carrière. « Moi, je trouve qu’il n’y a pas de mauvais rôles. Autant je suis terrorisée à l’idée de jouer un personnage loin de moi, autant j’aime me mettre en danger. Je suis toujours contente quand on pense à moi, même pour de petits rôles. Je m’en fous de la grosseur du rôle s’il est intéressant. »

Julianne Côté ne court pas après le vedettariat. « À mon avis, ça ne donne pas les carrières les plus intéressantes. Souvent, les personnages qu’on remarque le plus sont des rôles secondaires, qui sont complexes et étoffés. Moi, j’aimerais faire une carrière de rôles secondaires ultra-diversifiés. »

Ciné-club Michelle Pfeiffer: l’obsession

Avec Julianne Côté. Du 7 juillet à 10 h au 8 juillet à 20 h, à la Maison de la culture Maisonneuve. Entrée libre.