«Entrez, nous sommes ouverts»: erreur de branchement

Au Bureau de l’APA, on préfère le chaos à l’ordre, l’absurde et le doute au sens et aux certitudes, la fulgurance des images au poids des mots.
Photo: Ariane Plante Au Bureau de l’APA, on préfère le chaos à l’ordre, l’absurde et le doute au sens et aux certitudes, la fulgurance des images au poids des mots.

Mettant en vedette Frédéric Auger, Jasmin Cloutier, Julie Cloutier Delorme, Simon Drouin, Ludovic Fouquet et Danya Ortmann, autant de savants fous dans un laboratoire désordonné, Entrez, nous sommes ouverts a été créé à Québec en février dernier pendant le Mois Multi. Le déroutant spectacle est présenté ces jours-ci à Montréal, à l’occasion du FTA, avant d’être repris en janvier, cette fois dans la programmation régulière d’Espace libre.

Les réalisations du Bureau de l’APA ont toujours été atypiques, pour ne dire subversives. C’est que la compagnie de Québec, fondée en 2001 par Simon Drouin et Laurence Brunelle-Côté, prend un malin plaisir à se tenir loin des normes, des règles et des conventions. La nouvelle création du collectif ne fait pas exception. On pourrait même dire que les performeurs-musiciens repoussent leurs propres limites (et les nôtres) en versant plus que jamais dans l’expérimentation.

Au Bureau de l’APA, on préfère le chaos à l’ordre, l’absurde et le doute au sens et aux certitudes, la fulgurance des images au poids des mots. Alors que La Jeune-Fille et la mort et Les oiseaux mécaniques donnaient quelques clés au spectateur, une certaine prise sur l’objet, assez pour retracer un propos, saisir le fil rouge de l’aventure, goûter aux envolées d’une poésie singulière, l’essentiel semble cette fois être ailleurs. Pour les habitants de ce bric-à-brac, ce qui importe plus que tout, c’est d’accomplir des actions, d’exécuter des gestes, autrement dit de faire. Comme si la dimension performative avait supplanté tout le reste.

Le spectacle s’articule autour de la notion de connexion. Ici, tout est branché, lié, relié, rattaché et alimenté. Entre les gens et les objets, les fluides et les solides, le courant passe… littéralement. En une série de tableaux de plus en plus fastidieux, on s’échine à exposer, par des expérimentations peu concluantes, la teneur des connexions humaines, sociales et amoureuses. Malheureusement, la plupart de ces démonstrations sur le caractère connecté (ou non) de nos vies sonnent creux. C’est terrible à dire, mais tout cela est tristement tiré par les fils. Par chance, pour ajouter un brin de folie, il y a la quête absurde de Ludovic Fouquet, occupé pendant toute la représentation à recueillir minutieusement sa sueur dans une fiole.

À vrai dire, les plus beaux moments sont ceux où la musique transcende la machinerie, ceux où les rythmes et les voix l’emportent sur l’attirail, ceux où la fantaisie des sons prend le dessus. La scène s’apparente alors à une grande et mystérieuse boîte à musique, un engin grinçant ou mélodieux qui permet de rêver aux contrées que le spectacle aurait pu nous faire visiter s’il était parvenu à s’affranchir de son filage comme on largue ses amarres.

Entrez, nous sommes ouverts

Une coproduction du Bureau de l’APA, du Festival TransAmériques et des Productions Recto-Verso. À Espace libre, à l’occasion du Festival TransAmériques, jusqu’au 3 juin. Puis du 11 au 20 janvier 2018.