Théâtre de Quat'Sous: une saison pour contrer le désert

L’arrivée d’Olivier Kemeid (à gauche) au Quat’Sous a permis à une première compagnie, en l’occurrence le Théâtre PàP, dont le directeur est Patrice Dubois (à droite), de s’y installer en résidence.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir L’arrivée d’Olivier Kemeid (à gauche) au Quat’Sous a permis à une première compagnie, en l’occurrence le Théâtre PàP, dont le directeur est Patrice Dubois (à droite), de s’y installer en résidence.

Un holà au désert : c’est ainsi que pose le Théâtre de Quat’Sous, désormais piloté par Olivier Kemeid. L’auteur et metteur en scène montréalais, directeur artistique et codirecteur général depuis juin 2016, présentait lundi la programmation de sa première saison et, par conséquent, sa vision du théâtre. Un art du collectif, dit-il, prompt à rompre avec les sociétés désertiques qui appellent l’individualisme, le morcellement, « l’image d’Épinal de tout le monde sur son portable ».

« Le premier geste au théâtre est symbolique : tu fermes ton téléphone, tu sors du vacarme du monde pour entendre de nouvelles voix,dit le directeur, jeune quarantenaire. Je trouve ça beau que, pour une rare fois, on consente à se mettre hors réseau. Cette bascule dans le noir, ces deux heures consacrées à d’autres êtres humains, ça contre le désert. »

L’oasis de Kemeid se traduira dès la saison 2017-2018, intitulée « Habiter la maison à plusieurs », par une majorité de spectacles à plusieurs voix.

Textes en collectif, comme celui qui ouvrira le bal en septembre (À te regarder, ils s’habitueront), mises en scène en duo, projets à cheval sur la danse et le théâtre, vastes distributions, avec 7, 14 et même 24 personnes sur scène — le cas de Notre bibliothèque, un happening littéraire dirigé par Christian Lapointe, à l’affiche trois soirs de janvier… Le travail esseulé, avenue des Pins, sera de plus en plus rare.

Artistes associés

La vision de Kemeid s’exprime cependant bien en amont de la programmation. L’homme est arrivé avec un lot d’initiatives, dont celle de former un comité d’artistes associés. S’il demeure « capitaine », il ressentait le besoin de stimuler ses neurones.

« Je ne suis pas qu’un programmateur,avance-t-il. Je veux réfléchir avec les artistes sur ce qui les travaille. On se dégage des impératifs de production, on discute théâtre de façon concrète. Tout est artistique, tout est politique, du prix du billet jusqu’à la recherche esthétique. »

Le comité, qui se réunit tous les deux mois, est composé de onze personnes, des gens de théâtre, certes (Marc Beaupré, Sarah Berthiaume, Catherine Vidal), mais aussi de quelqu’un des arts visuels, Yann Pocreau, cofondateur néanmoins du OffTA, Festival d’arts vivants.

La programmation ne sera pas dictée par le comité, mais elle en sera teintée. C’est le cas, pour les débuts de l’ère Kemeid, d’À te regarder, ils s’habitueront.

Amorcé par Olivier Kemeid et Mani Soleymanlou (membre du comité), le spectacle réunira six metteurs en scène et douze interprètes, pour un récit aux confins de la relecture historique et de la réappropriation culturelle.

« Qu’est-ce que le “nous” aujourd’hui ? demande Olivier Kemeid. Qui écrirait Refus global, si ce ne sont des gens issus d’ailleurs ? J’ai envie que des acteurs d’origine haïtienne, vietnamienne, autochtone livrent leur Refus global. »

Le directeur lance avec ce spectacle inaugural une sorte de mea culpa collectif au sujet de la « figure de l’ennemi » qui incombe depuis 1995 davantage à l’immigré qu’à l’anglophone. L’histoire du Canada, Pour la suite du monde, film culte de Perrault et Brault, et une pléthore de références seront vues et revues.

Le PàP au Quat’Sous

L’arrivée d’Olivier Kemeid au Quat’Sous a permis aussi à une première compagnie, en l’occurrence le Théâtre PàP, de s’y installer en résidence. Ça se traduira par une à deux pièces annuellement. Pour 2017-2018, PàP s’attaque au roman de Geneviève Pettersen, La déesse des mouches à feu.

« Je me retrouve dans le texte de Geneviève,confie Patrice Dubois, directeur du PàP, dans sa fibre adolescente, le pouvoir de la langue qui décrit la complexité de la pensée, son souffle. »

L’ado imaginée par l’écrivaine deviendra une « action chorale » dans la mise en scène signée par Dubois et Alix Dufresne.

« On est dans une complexité mentale et physique de l’adolescence. Il y aura 14 filles de 14 ans, comme une célébration », décrit Patrice Dubois.

L’adaptation respirera aussi l’appropriation culturelle, car ce sont 14 Montréalaises de souches diverses qui porteront ce récit très saguenéen.

« Dans le temps, on disait que la plus grande ville de Saguenay, c’était Montréal », clame non sans rire le natif de Jonquière.


Quelques rendez-vous

À te regarder, ils s’habitueront Création collective, mise en scène par six personnes, dont Bachir Bensaddek, Dave Jenniss et Chloé Robichaud.

Sous la nuit solitaire Texte et mise en scène d’Estelle Clareton et Olivier Kemeid, inspiré de Dante et des gravures de Gustave Doré.

La déesse des mouches à feu La pièce qui souligne l’arrivée du Théâtre PàP en résidence au Quat’Sous.

Le tigre bleu de l’Euphrate L’exception de la saison, un monologue porté par Emmanuel Schwartz ; texte de Laurent Gaudé mis en scène par Denis Marleau.
1 commentaire
  • Jean-Henry Noël - Inscrit 16 mai 2017 10 h 49

    Un individu n'est pas tributaire de sa souche, comme vous dites, mais d'abord et avant tout de sa culture.