«Histoires à plumes et à poils» – Un oeuf qui cache toute une ménagerie

L’œuf se comporte d’étrange façon, quittant son nid subrepticement.
Photo: Martin Blache L’œuf se comporte d’étrange façon, quittant son nid subrepticement.

Sous une trame en apparence loufoque, Histoires à plumes et à poils explore le vivre et laisser vivre. Le texte écrit comme un délire par Marie-Hélène Larose-Truchon, David Paquet et Érika Tremblay-Roy soulève habilement la question de l’identité et de la liberté d’être soi-même ces jours-ci à la Maison Théâtre.

« C’est un oeuf de quoi, tu penses ? » demande Lui (Ludger Côté) à Elle (Emmanuelle Laroche), tous deux intrigués devant une coquille bien au chaud dans son nid. Un oeuf de mouche ? De baleine, peut-être ? Ou alors de pamplemousse ? Plusieurs hypothèses, toutes plus loufoques les unes que les autres, seront émises par les personnages.

Il faut dire que l’oeuf se comporte d’étrange façon, quittant son nid subrepticement, miaulant, jappant, meuglant ou vrombissant, créant toujours plus de confusion au sein du duo et toujours plus de rires dans la salle. Le but ultime des héros étant d’aider cet oeuf étonnant à retrouver son nid.

Ces questionnements se jouent sur de courts tableaux dans lesquels les deux comparses s’amusent à changer de peau — ou de poils —, devenant au passage porc-épic, dinde, chameau, baleine. Il faut voir ici l’ingéniosité de l’auteure et metteure en scène Érika Tremblay-Roy, qui parvient, avec très peu de matériel — quelques tuyaux, des gants rouges ou encore une simple corde —, à faire vivre les différents animaux.

La mise en scène permet aux bambins de 4 à 8 ans d’entrer librement dans l’histoire, d’y saisir au passage ce qui leur plaît. C’est sans doute la force de ce spectacle : pouvoir entendre, écouter, voir et se laisser bercer par la douce folie. La présence constante de différents bruits, gargouillis et autres glouglous évoque le parcours invisible de l’oeuf qui apparaît ici et là, surprenant autant les personnages que les spectateurs attentifs.

Ce jeu de cache-cache a pour effet de tenir les enfants en haleine, curieux, impatients, tout comme Lui et Elle, de voir réapparaître cet oeuf. Parce que, comme dira Elle, « quand on est unique comme toi, on ne joue pas à se cacher, on joue à se montrer ».

Depuis l’origine jusqu’à son retour au nid, le parcours de l’oeuf explore la question de l’identité en construction. « C’est un oeuf de quoi, tu penses ? Chut. Laisse-lui le temps. On verra bien ce qu’il va devenir » seront les dernières paroles lancées par Elle et Lui en clôture de pièce.

Certaines scènes, notamment celle où les personnages s’apprêtent à devenir porc-épic, sont peut-être moins claires et ont laissé place à des interrogations. Si les enchaînements entre les tableaux ne sont pas toujours fluides, la force du jeu, la présence capitale et dynamique du son et de la musique, l’humour constant et toute la folie entourant le parcours de l’oeuf jusqu’à son retour au bercail auront néanmoins su captiver les plus petits, qui ont fait résonner la salle de leurs rires francs.

Histoires à plumes et à poils

Texte : Marie-Hélène Larose-Truchon, David Paquet, Érika Tremblay-Roy. Mise en scène : Érika Tremblay-Roy. Une production du Petit Théâtre de Sherbrooke, présentée à la Maison Théâtre jusqu’au 14 mai.