«Big Shot»: se faire tout un cinéma

Big Shot met en valeur la prouesse du comédien Jon Lachlan Stewart qui incarne une demi-douzaine de personnages.
Photo: Tim Nguyen Big Shot met en valeur la prouesse du comédien Jon Lachlan Stewart qui incarne une demi-douzaine de personnages.

Comment transposer les effets du cinéma sur scène ? C’est un peu ce qu’accomplit cet ingénieux solo qui tourne au Canada depuis 2008. Big Shot met aussi en valeur les prouesses du comédien, auteur et metteur en scène albertain Jon Lachlan Stewart — vu il y un an dans Le joueur, au même Théâtre Prospero —, qui y incarne une demi-douzaine de personnages. L’aisance de l’interprète est manifeste dans ce one man show déjà présenté une centaine de fois en anglais, mais pour la première fois en version « bilingue ».

Le narrateur, un jeune adepte de films d’action qui aimerait que la vie ressemble davantage à son divertissement favori, va être servi, une nuit, dans le skytrain de Vancouver : un coup de feu retentit. La scène est reconstituée à travers les différents points de vue des acteurs de l’événement : un policier, un héroïnomane en cure de désintoxication et un vieux Japonais qui se venge des humiliations de sa vie ; mais aussi une femme et un cinéaste raté… Qu’est-ce qui s’est vraiment passé pour qu’on en arrive là ? Les apparences sont peut-être trompeuses…

Axé sur l’image (le mur du fond est tapissé d’un grand écran sur lequel s’animent diverses projections), Big Shot semble traiter aussi, sur le plan thématique, de la vision de l’autre, de comment on réagit en fonction de certains stéréotypes, ethniques ou sociaux. Mais c’est d’abord la narration elle-même qui tient le haut du pavé dans cette pièce. Le montage éclaté du récit évoque le langage du septième art : accélérés, ralenti pour illustrer le trajet de la balle, zoom avant et gros plans afin de présenter certains personnages, avant de revenir à l’action principale…

Charismatique et expressif, dans un jeu très physique, Jon Lachlan Stewart modifie sans effort sa voix et ses postures pour se glisser dans la peau de figures très campées. Basé à Montréal maintenant, le créateur a fait traduire la partition de son candide narrateur, qui s’adresse en français au public. Les autres personnages bénéficient de surtitres. Ce dernier élément devient d’ailleurs lui-même partie intégrante du spectacle : dans leurs efforts, ou leurs difficultés, de communication, certains personnages y font référence. Les frustrations du ressortissant d’origine japonaise à ne pas pouvoir affirmer son identité passent notamment à travers son exaspération de ne pas être traduit lorsqu’il parle dans sa langue… Habilement faits, ces occasionnels jeux avec les conventions scéniques contribuent beaucoup au plaisir procuré par le spectacle.

Big Shot

Texte de Jon Lachlan Stewart. Mise en scène de Georgina Beaty. Traduction de Mélodie Roussel. Oeil extérieur : Paul Ahmarani. Une production du Théâtre Surreal SoReal. À la salle intime du Théâtre Prospero, jusqu’au 29 avril.