Décès de Janine Sutto: le Québec perd une grande dame de théâtre

La prolifique carrière artistique de Janine Sutto a débuté il y a plus de 70 ans à la radio.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La prolifique carrière artistique de Janine Sutto a débuté il y a plus de 70 ans à la radio.

La comédienne Janine Sutto est décédée dans la nuit de lundi à mardi, à Montréal, à l’âge de 95 ans.
 

Son gendre, Jean-François Lépine, a confirmé dans des entrevues livrées à des médias que Mme Sutto a été emportée par une mort naturelle quelques jours après avoir été admise dans un centre de soins palliatifs. La fille de Mme Sutto, la comédienne Mireille Deyglun, a passé les dernières heures à son chevet.

La mémoire des planches s’éteint

«Immortelle aux yeux des autres seulement, cette Janine Sutto qui trouvait la vieillesse difficile à porter s’est éteinte à 95 ans comme la flamme d’une bougie.»

Lisez le texte d'Odile Tremblay sur le décès de cette grande dame du théâtre.

 

Départ d’une « grande dame »

Le premier ministre Justin Trudeau a souligné sur Twitter le départ de cette « grande dame ».

« Nous avons perdu une formidable comédienne, admirée à la fois par ses pairs et par son public. Surnommée affectueusement “Notre-Dame du théâtre” par son grand ami et complice Gilles Latulippe, Janine Sutto nous laisse un héritage fabuleux. Jusqu’à la fin de sa vie, elle est demeurée toujours aussi vive d’esprit et généreuse, en continuant de propager sa passion et son amour pour la scène et pour le métier d’acteur. Madame Sutto était aussi une mère de famille courageuse, confrontée à la déficience intellectuelle de l’une de ses filles jumelles. Son engagement auprès de l’Association de Montréal pour la déficience intellectuelle lui fait honneur. C’est pour toutes ces raisons que nous l’avons nommée Citoyenne d’honneur de Montréal en avril 2015. »
 

— Denis Coderre, maire de Montréal


De son côté, Mélanie Joly, ministre du Patrimoine canadien, a mentionné la perte d’une « étoile ».

« Janine Sutto fait partie de ces êtres d’exception qui ont marqué à jamais l’histoire du Québec. Son talent, sa passion, son amour pour le Québec ont fait d’elle une pionnière de la télévision et du cinéma québécois. Sans l’apport de Janine Sutto, notre répertoire ne serait pas aussi riche aujourd’hui et ne ferait pas autant de jaloux à l’international ! Nous lui devons beaucoup. Le Québec perd aussi une femme dont la générosité était sans limites. Tout au long de sa carrière, Janine Sutto s’est battue pour léguer à notre génération et à celles qui nous suivront un Québec fier de sa langue et de sa culture. »

 — François Legault, député de L’Assomption, chef de la CAQ


Le milieu du théâtre et de la télévision en deuil

« Elle était si petite à la fin, si frêle, une plume.

Elle a dû arriver au ciel plus vite que les autres.

Tant de monde l’attendait. Sa famille, sa Catherine tant aimée, tous ses amis acteurs et actrices, tant d’amis partis avant elle. Elle me disait: “Tu sais, ma p’tite Louise, vivre longtemps, c’est voir partir ceux qu’on aime.”

Au revoir, ma belle Janine! Et tu n’es plus là pour nous consoler. »
 

— Louise Latraverse, actrice, sur Facebook


« C’était quelqu’un qui avait une telle vitalité que l’on serait mal aisé de pleurnicher devant elle. Elle faisait toutes les intentions avec une précision folle, c’était une grande professionnelle [...] et quelqu’un de toujours disponible. »
 

— Brigitte Haentjens, metteure en scène de Tout comme elle, dans laquelle jouait Mme Sutto


«Tout le monde y va aujourd’hui — et avec raison — de son hommage à madame Janine Sutto. Le mien ? À l’époque des grandes années [du magazine humoristique] CROC, elle s’était prêtée de bonne grâce au jeu de notre photothéâtre. D’ailleurs, avec le recul, je n’en reviens pas encore de la manière enthousiaste dont tout le gratin artistique, sportif ou même politique acceptait notre invitation. Ce n’était certainement pas à cause du mince cachet que nous leur offrions. Il faut croire que c’était leur manière de montrer qu’ils aimaient bien ce qu’on faisait et qu’ils avaient le sens de l’autodérision. Et Mme Sutto ? Elle était l’invitée de notre “Spécial animal” où elle dégustait avec délectation — pas pour vrai ! — de la nourriture pour chien. Et pas de la sèche ! Une longue séance photo à avoir sous le nez de la pâtée odoriférante. Une vraie “trooper” comme ils disent dans le métier. Au revoir, Madame.»

Pierre Huet, un des fondateurs de Beau Dommage, sur Facebook


Immense, immense, immense Janine Sutto

« Le mot “merci” est bien peu pour rendre hommage à cette dame exceptionnelle, généreuse, exigeante, curieuse et ô combien sensible qui a consacré une vie entière au théâtre, à la télévision, au cinéma, à l’art. Chaque théâtre montréalais, chaque salle de répétition, chaque hall devrait arborer fièrement sa plaque Janine Sutto tant cette comédienne de tous les talents fut présente partout, sur scène bien sûr, mais aussi dans la salle.
 

Son apport au Québec est incommensurable, inestimable.
 

Nous ne pourrons plus dire avec cette excitation dans la voix : Janine est dans la salle ce soir. Je n’entendrai plus cette voix flûtée me dire lorsqu’elle me croisait : “Ahhh, mon petit Martin” (J’ai eu le privilège de la diriger au Quat’sous en 1990. J’étais tellement impressionné que je la vouvoyais et la tutoyais dans la même phrase) !
 

Je suis triste, oui, mais curieusement je suis aussi heureux. Janine nous lègue une force formidable pour la suite des choses.
 

Janine Sutto, je vous/te prends dans mes bras. »
 

— Martin Faucher, directeur artistique du Festival TransAmériques, sur Facebook


« À un moment, dans Tout comme elle [texte de Louise Dupré, mise en scène de Brigitte Haentjens], chacune des 50 comédiennes nommait sa mère. Je n’ai jamais pu oublier que la sienne s’appelait Renée. À la fin du même spectacle, c’est elle qui s’avançait vers le public et lâchait, avec une très fine pointe de désinvolture : “Moi, j’en ai pas de problèmes avec ma mère ! ”
 

Après une représentation de D comme Dieu ? de Simon Boudreault, elle avait dû rester assise longtemps. Elle se disait sidérée que quelqu’un de jeune comme Simon puisse écrire avec une telle profondeur ; elle avait tenu, je crois, à lui dire de vive voix. C’est sans doute l’une des choses dont on parlera peu aujourd’hui, mais il faut aussi le souligner : elle fut une grande spectatrice, assidue, téméraire, une grande témoin.
 

Au revoir, Madame Sutto.»
 

— Alexandre Cadieux, critique de théâtre au Devoir, sur Facebook


« Cette interprète de talent a marqué de façon impérissable la scène culturelle québécoise. On se souviendra à jamais de la passion qu’elle avait pour son métier, et de sa prodigieuse énergie mise au service de son art. »
 

— Mario Cecchini, président de l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision


«Aimée de tous»

« Aimée de tous, Mme Sutto était réputée pour son intarissable énergie, son esprit vif et sa bonté d’âme. Après s’être jointe à l’Association de Montréal pour la déficience intellectuelle (AMDI) en tant que parent — Mme Sutto avait une fille, Catherine, qui avait la trisomie 21 —, elle est devenue au fil des ans la fervente porte-parole de cette cause qui lui tenait tant à cœur. Elle souhaitait, par son engagement, donner de l’espoir aux parents qui ont des enfants différents, comme elle aimait si bien le mentionner. »
 

— L’Association de Montréal pour la déficience intellectuelle

2 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 28 mars 2017 21 h 02

    Au revoir Mme Sutto !

    « Mme Sutto avait une fille, Catherine, qui avait la trisomie 21 —, elle est devenue au fil des ans la fervente porte-parole de cette cause qui lui tenait tant à cœur. Elle souhaitait, par son engagement, donner de l’espoir aux parents qui ont des enfants différents, comme elle aimait si bien le mentionner.» (Association de Montréal pour la Déficience intellectuelle)

    De cette citation, cette douceur :

    En effet, du départ de Mme Sutto, le Québec, tout comme le Regroupement pour la « Trisomie 21 », les Mouvements des Personnes D’Abord ainsi que d’autres organisations en « déficience intellectuelle », perdent une grande amie qui, de tout temps, leur a demeuré et demeurera fidèle et solidaire, en pensées et en sagesse !

    Tout en lui remerciant de son inlassable engagement tant envers des enfants et adultes différents qu’envers des causes, comme parfois difficiles à valoriser et témoigner en société, permettez-nous d’adresser à Mme Sutto, cette générosité, ce « toi et moi » (A) qu’ensemble et de différence on se ressemble mutuellement et humainement !

    Au revoir Mme Sutto ! - 28 mars 2017 -

    A : https://www.youtube.com/watch?v=b8Tvh_4b6Sw

  • Marc Bouchard-Marquis - Inscrit 28 mars 2017 21 h 45

    Merci!

    À ta façon, tu as façonné la nation Québécoise...nous t'en sommes profondément reconnaissant...Adieu!