Les enfants, de tout temps

Le spectacle «Le garçon à la valise», de Mike Kenny, retrace le parcours de deux enfants migrants. Impossible pour le festival de faire abstraction des nouvelles réalités.
Photo: Baptiste Lobjoy Le spectacle «Le garçon à la valise», de Mike Kenny, retrace le parcours de deux enfants migrants. Impossible pour le festival de faire abstraction des nouvelles réalités.

Même ici, il est difficile de passer outre à la crise des migrants et des demandeurs d’asile ou d’oublier l’élection présidentielle qui s’annonce. Dans les conversations, partout, les cafés et les brasseries des grandes avenues bourgeoises de la capitale du champagne vibrent aussi au rythme d’une Europe qui se cherche. Ville fière et orgueilleuse, Reims semble sur ses gardes sous un soleil pâle.

Joël Simon lui, l’âme de Méli’môme depuis plus d’un quart de siècle, trouve dans la situation générale une justification supplémentaire à son travail. À l’écouter, on le dirait investi d’une mission d’une importance cruciale pour l’avenir de l’Europe…

Un monde changé

D’entrée de jeu, il se rebiffe lorsqu’on suggère que la programmation du festival paraît vouloir mettre en scène la conscience citoyenne plutôt que de stimuler l’imaginaire des tout-petits.

Photo: Hubert Lapinte Joël Simon

« Peut-être comme ça à première vue, mais non, pas vraiment, dit-il en souriant. Mon équipe et moi, nous sommes dans une continuité. Éveiller l’imaginaire des enfants est toujours la base de notre démarche artistique : la rencontre du beau, le plaisir intense de la découverte du théâtre, le bonheur qui en découle, tout cela est toujours là, au coeur de ce que nous faisons. C’est une expérience cruciale, fondatrice. Et nous visons toujours à la rendre accessible au plus grand nombre en multipliant nos activités tout au long de l’année. Une foule de spectacles pour ados comme pour les tout-petits témoignent de tout cela encore dans notre édition 2017. Mais le monde a changé depuis 25 ans… »

Même quand on dirige un festival de théâtre destiné aux jeunes publics, il est impossible de faire abstraction des attentats qui ont secoué la France, des conflits qui déchirent le monde, de la montée du Front national dans les sondages et de l’élection de Donald Trump. « La nouvelle réalité du monde influence bien sûr le travail des créateurs… et notre programmation, poursuit le directeur de Méli’môme. Le garçon à la valise, du Gallois Mike Kenny, par exemple, met en scène deux enfants migrants ; ce n’est qu’un des nombreux spectacles interrogeant la conscience sociale des jeunes spectateurs. Mais vous le savez, nous avons toujours été là pour faire réfléchir et discuter tout autant que pour émouvoir. »

Nous avons toujours été là pour faire réfléchir et discuter tout autant que pour émouvoir

 

Le directeur du festival rappelle que, en plus d’organiser Méli’môme — 23 spectacles, 97 représentations, du 24 mars au 8 avril —, la petite équipe de l’association Nova Villa participe très activement à l’événement pluridisciplinaire Reims scène d’Europe, en février, tout en préparant la semaine « Petite enfance », le week-end « M’Auteurs » et le week-end « Bébés en octobre ».

Comme si cela ne suffisait pas, l’influence d’Isabelle Leseur, la présidente de Nova Villa depuis une quinzaine d’années déjà, a mené à toute une série de collaborations diverses avec des écoles et des lycées de Reims : l’engagement social et citoyen de l’association est de plus en plus marqué. Lors de son discours d’inauguration,Isabelle Leseur parlait de la documentaliste césarisée Alice Diopp, marraine du festival cette année, en soulignant les valeurs partagées par Méli’môme et la cinéaste de choc.

« Nous défendons dès le plus jeune âge l’accès à la culture, à des oeuvres artistiques de qualité alliant beauté et réflexion. Aujourd’hui, notre rôle doit aussi évoluer, notre parole être sociétale. Elle doit générer une réponse civique, produire de la pensée et ouvrir les regards. »

Joël Simon a complété en notant que si la responsabilité civique et sociale du festival est plus grande en cette période trouble que nous traversons, le « fonds de commerce de Méli’môme » est toujours le même.

« Notre projet vise d’abord l’artistique et la création. Au cours des dernières années, il est devenu plus difficile de l’articuler puisque les sources de financement de la culture ont considérablement diminué ; il nous a fallu persuader à nouveau les politiques d’investir dans la création pour l’enfance. Les jeunes générations carburent aussi à l’intelligence et à l’espoir, et nous sommes là pour distiller de l’humanité à petites doses en continuant à faire ce que nous savons le mieux faire : provoquer des rencontres et des chocs esthétiques. Il faut continuer à avancer avec confiance et croire en eux. »

Notre journaliste est à Reims à l’invitation du festival Méli’môme.