S’aimer comme tout le monde

«Sylvie aime Maurice» est une jolie comédie romantique mettant en scène des personnages sujets à de violents accès de colère et de désespoir, et pour qui la rencontre de l’autre s’avère laborieuse.
Photo: Jules Bédard «Sylvie aime Maurice» est une jolie comédie romantique mettant en scène des personnages sujets à de violents accès de colère et de désespoir, et pour qui la rencontre de l’autre s’avère laborieuse.

Sylvie rencontre Maurice dans un moment de désespérance aiguë. Tous deux sont atteints de troubles du spectre de l’autisme, mais souffrent peut-être davantage encore de leur solitude. Les voilà qui s’apprivoisent, se charment et plus encore dans Sylvie aime Maurice.

Mise en scène avec une grande délicatesse par Nicolas Michon, la pièce marque le retour à La Licorne du Théâtre du Grand Cheval, après le célébré Chlore (2012).

Ce récit d’amour, écrit par l’actrice Florence Longpré et le metteur en scène, est porté par une grande part d’humour légèrement absurde, celui-là que peut provoquer la rencontre de deux caractères atypiques.

Ces deux attachants personnages sont plus ou moins outillés pour communiquer avec éloquence leur vie intérieure. La mise en scène nous octroie donc un narrateur à la chaleureuse et élégante voix grave, Fayolle Jean, ainsi qu’un choeur d’acteurs-chanteurs (Fabiola Aladin, Frédérike Bédard, Frédéric Blanchette, José Dufour, Yves Morin et Guillaume Rodrigue). Grâce aux explications fournies par cette espèce de maître de cérémonie qu’est Jean, grâce aussi aux ambiances sonores installées par le choeur, l’histoire de Sylvie (Longpré) et de Maurice (Mathieu Lepage) se déploie avec une charmante simplicité. Le décor se résume à une longue passerelle, les accessoires sont inexistants. De leurs voix, dans une mise en place soignée, les choristes apportent au récit des appuis musicaux mettant en tensions les émotions des personnages, qui restent autrement fidèles au langage — froid pour l’un et accablé pour l’autre — que commandent leurs troubles.

L’aparté actuel

Sylvie et Maurice vivent, au fond, les plaisirs, les vertiges, les écueils et les heurts d’une relation ardue. Et Sylvie aime Maurice estune jolie comédie romantique mettant en scène des personnages sujets à de violents accès de colère et de désespoir, et pour qui la rencontre de l’autre s’avère laborieuse. Dans le tourbillon amoureux, la différence que sont censés incarner ces humains marginalisés est finalement réduite à bien peu de chose.

Difficile de ne pas remarquer, cependant, la manière dont s’expriment les personnages, qui nomment systématiquement ce qui les traverse pour mieux l’analyser, et qui livrent avec abandon tout ce qu’ils pensent au public. Car si leurs manières de communiquer semblent très justes, elles ne détonnent pas d’une certaine propension à recourir au mode récitatif et à l’aparté explicatif qu’on retrouve dans plusieurs écritures actuelles. L’originalité de Sylvie aime Maurice se situe certes ailleurs, mais le diagnostic que suppose un tel rapprochement mériterait de soulever quelques questions.

Sylvie aime Maurice

Texte de Florence Longpré et Nicolas Michon. Mise en scène de Nicolas Michon. Une production du Théâtre du Grand Cheval. À La Licorne jusqu’au 25 mars.