En manque de matière

Les comédiens Michel-Maxime Legault et Pauline Martin jouent le fils et la mère dans la pièce Irène sur Mars.
Photo: Jules Bédard Les comédiens Michel-Maxime Legault et Pauline Martin jouent le fils et la mère dans la pièce Irène sur Mars.

Le dernier texte de Jean-Philippe Lehoux, co-mis en scène avec Michel-MaximeLegault, qui est présenté jusqu’au 23 mars au Théâtre d’Aujourd’hui, reprend les thèmes de prédilection de l’auteur : ceux du voyage et de l’exil. Cette fois-ci cependant, le voyage se prête moins aux fables cérébrales auxquelles nous a habituées Lehoux qu’à l’examen des aspirations profondes d’un personnage, qui a d’abord pris vie l’été dernier lors de la création de la pièce à Carleton-sur-Mer.

À 63 ans, Irène s’inscrit dans un programme pour coloniser la planète Mars. N’est-il pas encore temps de se dépasser, de réaliser ses rêves les plus fous ? S’il est certain qu’Irène, campée avec énergie et vérité par la comédienne Pauline Martin, est à même d’embrasser toutes les folies et de prendre les plus grands risques pour aller à la rencontre d’elle-même, ni le texte ni la mise en scène n’ont l’envergure pour saisir à bras-le-corps toute la charge émotive et la force que pourrait receler cette métaphore spatiale.

En attendant de savoir si elle a été retenue par le programme, Irène raye un à un les éléments qui figurent sur sa liste de choses à faire avant de mourir. Depuis son jardin en Abitibi, installée sur la plus haute chaise du terrain, elle mesure l’étendue de la flânerie qu’a été sa vie. Son perchoir, qui constitue le coeur de la scénographie d’Elen Ewing, est bien mal exploité : la mise en scène stagne autour de ce trône imposant sur lequel Irène restera juchée pendant que ses proches s’activent autour d’elle.

Son voisin veuf (Gary Boudreault) et sa fille (Catherine Audet), ainsi que le fils d’Irène (Michel-Maxime Legault), s’opposent à son voyage interplanétaire. La dispute entre Irène et son fils, sur laquelle s’ouvre la pièce et qui sera un de ses moments les plus intéressants, nous permet d’entrevoir plus profondément ce qui la motive dans cette phase de sa vie. Dépourvues d’enjeux et de profondeur, ses interactions avec les voisins sont beaucoup moins captivantes, malgré les bons moments que nous offrent Boudreault et Martin, deux comédiens au sommet de leur art.

Vouloir revivre

La vengeance que veut prendre Irène face à son existence conventionnelle comme mère de famille ne trouve jamais de véritable élan dans cette dramaturgie qui escamote rapidement toute tension dramatique au profit d’un humour boiteux. Le texte de Lehoux mise amplement sur les ressorts comiques et la repartie de ses personnages. Bien que les comédiens s’y attaquent avec la conviction nécessaire, les marques d’humour tombent trop souvent à plat et le ton bon enfant des conversations manque de mordant.

Toute la pièce gravite autour de la pulsion irrévérencieuse et libératrice d’Irène, laissant planer sans les approfondir les thématiques plus riches qui sous-tendent le projet d’écriture de Lehoux : celles de la transmission, de la famille, de la mort. Reste la voix largement ignorée qu’Irène nous laisse entendre, celle d’une sexagénaire qui a toujours été au service de sa famille, et dont le désir de s’inscrire dans la vie vibre encore.

Irène sur Mars

Texte : Jean-Philippe Lehoux. Mise en scène : Jean-Philippe Lehoux et Michel-Maxime Legault. Une production du Théâtre de la Marée Haute et des Productions À tour de rôle. À la salle Jean-Claude Germain du Théâtre d’Aujourd’hui, jusqu’au 23 mars.