La marionnette, ce moyen d’expression infini

Marie-Christine Lê-Huu, Louise Lapointe et José Babin incarnent chacune à leur manière l’esprit de Casteliers.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Marie-Christine Lê-Huu, Louise Lapointe et José Babin incarnent chacune à leur manière l’esprit de Casteliers.

Cinq jours durant, le Festival de Casteliers s’astreindra à faire découvrir le vaste champ de la marionnette, à briser les préjugés et les idées reçues entourant cette forme théâtrale sans âge. Parce que si Bobinette fait partie de cette grande famille, d’autres formes, comme le théâtre d’objets ou le théâtre d’ombres — mariées à de nouvelles technologies, par exemple la vidéo —, participent aussi d’une diversité qui ne cesse de se renouveler.

Les artistes jouent avec les matériaux, mélangeant nouvelles technologies et techniques plus traditionnelles — le fil, la tringle, la gaine —, favorisant une constante réinvention de l’art. « C’est intéressant de montrer les techniques plus traditionnelles et les techniques qui sont réinventées grâce aux nouveaux médias. La marionnette demeure un moyen d’expression infini. Le côté métaphorique, poétique ne cesse de nous surprendre », souligne la codirectrice générale et directrice artistique du Festival, Louise Lapointe.

Depuis la Russie jusqu’au Québec en passant par les États-Unis, le festival — qui en est à sa douzième édition cette année — présentera du 8 au 13 mars différentes façons de manier la marionnette dans des spectacles aussi diversifiés que novateurs. Un rassemblement unique qui a d’abord pour mission de faire découvrir des oeuvres marquantes, de nouvelles créations et de montrer la grandeur de ce onzième art.

Le Festival est d’autant plus attendu cette année qu’il précède l’ouverture officielle de la Maison internationale des arts de la marionnette (MIAM) à Outremont, l’un des legs du 375e anniversaire de Montréal. La MIAM est une initiative de Casteliers et de l’Association québécoise des marionnettistes. Ce centre tant attendu et unique au Canada sera voué à la création, la formation et la médiation culturelle.

Sortir de l’ombre

Si le Festival fait une place à des spectacles qui ont fait leurs preuves tels que Loin d’ici, du BKT (Théâtre de marionnettes Bolchoï), qui présentera une adaptation pour adultes de contes d’Andersen et des frères Grimm, il permet aussi à de nouvelles créations de se faire connaître. En est Nordicité, du Théâtre Incliné, en coproduction avec Nordland Visual Theatre de Norvège, une pièce pour adultes dans laquelle l’auteure et metteure en scène José Babin raconte son histoire en terre nordique. Jointe alors qu’elle sortait tout juste de répétition, elle explique qu’il y a dans ce spectacle « toute l’idée de porter les voix du Nord. De l’Alaska, du Nunavut, de l’Islande, du Groenland, de la Finlande, de la Russie ». L’idée est de constater qu’il y a une humilité en tant que personne du Sud à parler du Nord.

Pour mettre en scène ce portrait nordique, Babin est une de celles qui réinventent l’art. « Vous ne verrez pas des marionnettes humanoïdes avec une tête, des pieds, des bras. Dans le spectacle, vous allez voir des objets, de la vidéo. Il n’est pas porté uniquement par l’acteur qui n’est qu’une partie du puzzle. Le visuel, le son, le mouvement sont très importants. Et on va entendre différentes langues, ces sonorités qui sont comme des marqueurs géographiques. »

Pour Marie-Christine Lê-Huu, comédienne et directrice du Théâtre de l’Avant-Pays, qui sera du Festival avec la pièce Partout ailleurs — écrite par Rébecca Déraspe, mise en scène par Dinaïg Stall, qui dirige l’actuel DESS en marionnettes à l’UQAM —, ce qui est intéressant c’est de réfléchir au sens de la marionnette à l’intérieur d’un spectacle. Au téléphone, Lê-Huu confie que l’utilisation de l’ombre comme technique est une première pour la compagnie. « Avec chaque projet, on se demande toujours dans quel langage il faut être pour que ça fonctionne. »

Partout ailleurs est une pièce sur le thème de la fuite ou de la question du départ dans laquelle une petite fille jongle difficilement avec la réalité. « À travers l’ombre, on induit un peu l’idée qu’on est dans la tête de quelqu’un. Les enfants plus jeunes voudront peut-être croire à une vraie relation. Le langage de l’ombre est de l’ordre de l’évocation. Il correspond à l’univers de l’esprit, de la pensée. »

Le Festival permet ainsi un décloisonnement des formes, nous fait découvrir tout un univers méconnu qui participe pourtant de nos vies, comme le souligne Louise Lapointe : « Il faut se souvenir que la marionnette a joué de grands rôles dans l’histoire, a participé à des révolutions, à de l’engagement politique, Bread and Puppet en tête, a fait de grands opéras a transmis de grands textes. Il faut reconnaître ses marques de noblesse. »