«Assoiffés» jusque dans les profondeurs du ventre

Le spectacle relate les tentatives des trois personnages désarçonnés qui cherchent à nommer et à intellectualiser les troubles qui se logent dans leur ventre, et la mise en scène semble appuyer le pôle plus cérébral de l’histoire.
Photo: Jean-Charles Labarre Le spectacle relate les tentatives des trois personnages désarçonnés qui cherchent à nommer et à intellectualiser les troubles qui se logent dans leur ventre, et la mise en scène semble appuyer le pôle plus cérébral de l’histoire.

Le respecté Théâtre Le Clou reprend, avec de nouveaux interprètes, la mise en scène d’Assoiffés, créée par Benoît Vermeulen en 2007. L’exercice proposé ici par le Théâtre Denise-Pelletier évoque certainement la séduisante idée d’un répertoire de mises en scène. Composée par Wajdi Mouawad en étroite collaboration avec Vermeulen, la pièce aborde avec tact un moment trouble du passage de l’adolescence à l’âge adulte dans un spectacle somme toute plus bavard qu’incarné.

Fidèle aux histoires qu’on lui connaît, l’auteur du Sang des promesses entrelace les trames de la vie passée et présente de Boon, un adolescent rêveur devenu anthropologue judiciaire, et le confronte aux drames d’un ancien camarade de classe et d’une figure imaginée ; le révolté Murdoch et la décontenancée Norvège. À leur manière, chacun se demande comment vivre avec soi-même, dans le monde, jour après jour ? Murdoch hurle son incompréhension partout où il va, tandis que Norvège la dissimule aux regards en se retirant dans sa chambre. Boon, le narrateur, préfère l’enterrer pour grandir du mieux qu’il peut.

Le récit truffé de métaphores évocatrices met en scène les réactions instinctives de Murdoch et de Norvège relativement à leur soudaine réalisation de l’absurdité de leur existence. Les deux tentent de s’expliquer, dans une langue alliant lyrisme et observations terre à terre, ce qui les secoue aussi vivement. Certaines envolées pessimistes de Murdoch comportent de quoi se réjouir. Ce trop-plein de doute, même s’il est jumelé à une quête de beauté et d’absolu, s’exprime avec la touchante part de noirceur qui l’accompagne parfois. La pièce répète que le suicide n’est pas une option, mais admet dignement que l’idée est susceptible de surgir dans la pensée.

Le spectacle relate les tentatives des trois personnages désarçonnés qui cherchent à nommer et à intellectualiser les troubles qui se logent dans leur ventre, et la mise en scène semble appuyer le pôle plus cérébral de l’histoire. La fantomatique Norvège gravite autour du plateau avec une gestuelle désarticulée et robotique. Le décor sert plutôt de surface de projection et d’habillage. Les images projetées et une partie de la musique illustrent surtout l’environnement.

Les sensations si viscérales des personnages s’expriment presque exclusivement par la parole. Possiblement pour esquisser une résolution intelligible, mais aussi interprétée avec une élocution bien conventionnelle. Cette diction, par moments bellement contournée par l’interprète de Boon, Francis La Haye, recèle une jolie justesse quand l’oreille s’y habitue. On peut toutefois se demander pourquoi on doit encore et toujours s’y habituer.

Assoiffés

Texte : Wajdi Mouawad. Mise en scène : Benoît Vermeulen. Une production du Théâtre Le Clou. Avec : Rachel Graton, Francis La Haye et Philippe Thibault-Denis. À la salle Denise-Pelletier, jusqu’au 25 février.