Les infortunes de la vertu

Ariel Ifergan interprète avec précision les multiples et colorés personnages du récit, dans une mise en scène d’Anne Millaire qui semble fondée sur le plaisir du jeu.
Photo: Maxime Cormier Ariel Ifergan interprète avec précision les multiples et colorés personnages du récit, dans une mise en scène d’Anne Millaire qui semble fondée sur le plaisir du jeu.

Difficile de ne pas être charmé par le ludisme de l’adaptation signée par Ariel Ifergan et Anne Millaire du conte de Voltaire, Zadig ou la Destinée. Créée en 2007 au théâtre Denise-Pelletier en plein débat sur les accommodements raisonnables, la pièce Z comme Zadig bénéficie cet hiver d’une re-création au Centre Segal. Si les actualités locales et internationales font ressortir les quelques accents moraux relatifs à la tolérance présents dans l’histoire orientale de l’auteur et philosophe français, le spectacle mise d’abord sur une série de péripéties amusantes qui font mouche.

Zadig, un beau jeune homme instruit et riche, mais plutôt prétentieux, coule des jours tranquilles à Babylone. La sagesse de cet homme honnête et pieux lui cause de nombreux ennuis, qui le mènent de l’amour à l’ermitage, puis du pouvoir à l’esclavage. Usant de sa vertu pour se sortir de ses problèmes, Zadig et ses qualités auront tôt fait d’attiser la jalousie des envieux qui souhaitent sa perte. Au terme de l’histoire, la Providence saura toutefois lui accorder gloire, amour et amitié.

Accompagné par l’envoûtante clarinette basse de Jeannot Bournival, Ariel Ifergan interprète avec précision les multiples et colorés personnages du récit, dans une mise en scène d’Anne Millaire qui semble fondée sur le plaisir du jeu. Le caractère clownesque et physique de l’interprétation du comédien, tout comme ses nombreux décrochages et rapides apartés, construit adroitement la narration. La musique fait habilement écho au récit, mais les commentaires de Bournival se transforment tout de même rapidement en cabotinage un peu plaqué. Soutenu par les éclairages rythmés d’Anne-Marie Rodrigue Lecours, le jeu captivant d’Ifergan rend aussi presque superflu l’ajout des projections à cette nouvelle production.

L’efficace adaptation de Millaire et Ifergan actualise certains passages, en plus d’installer des anachronismes et quelques grossièretés surprenantes. Elle s’établit toutefois essentiellement sur le récit original en autorisant autant de rapprochements que d’écarts évocateurs entre la pensée de l’époque de Voltaire et la nôtre.

L’équipe de création a su s’entourer de conseillers dramaturgique et philosophique pour transposer sur scène une version resserrée du récit orientaliste, ponctuée de commentaires sur les aléas du destin et des difficultés d’être vertueux. Il s’agit surtout d’une errance aux notes épiques, où le héros se façonne au gré de ses expériences. Ce qui n’est pas sans rappeler les tribulations d’un Peer Gynt joué par le Théâtre de l’Opsis ces jours-ci.

Z COMME ZADIG

Texte : Ariel Ifergan et Anne Millaire. Mise en scène : Anne Millaire. Avec : Ariel Ifergan et Jeannot Bournival. Une production de la compagnie Pas de panique. Au Centre Segal jusqu’au 26 février.