D’amour et de mécanique quantique

Lucille Fluet, Olivier Asselin et Paul Ahmarani, rencontrés plus tôt cette semaine, à Montréal
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Lucille Fluet, Olivier Asselin et Paul Ahmarani, rencontrés plus tôt cette semaine, à Montréal

À l’instar d’Un capitalisme sentimental, film campé en 1929 et sorti au coeur du krach de 2008, Le cyclotron d’Olivier Asselin, qui raconte un passé fantasmé inspiré de faits réels, s’avère brûlant d’actualité. Rêvant depuis longtemps d’écrire un film sur la mécanique quantique, le cinéaste était loin de se douter que la menace nucléaire allait refaire surface peu avant la sortie de cet éblouissant thriller dont l’esthétique évoque l’expressionnisme allemand et le film noir américain.

« Les scientifiques de l’Université de Chicago viennent d’avancer l’horloge de l’Apocalypse de trente secondes, car selon eux, le danger nucléaire est plus évident depuis que Trump est au pouvoir », rappelle l’actrice Lucille Fluet, qui signe le scénario avec Asselin.

« Entre Un capitalisme sentimental, pour lequel je m’étais inspiré du scandale de Bre-x, et Le cyclotron, on s’est déplacé de quelques années, et il y a un lien évident. Hitler est arrivé au pouvoir à cause du krach ; les populations veulent des hommes forts qui vont tout régler comme par magie. Je ne veux pas faire d’amalgames, mais je suis troublé comme tout le monde par le discours des hommes forts comme Poutine », confie le réalisateur.

Flirtant tour à tour avec le drame d’espionnage et le drame sentimental, Le cyclotron met en scène une scientifique française travaillant à la solde des Alliés, Simone (Fluet), qui doit éliminer un scientifique allemand ayant découvert avant les Américains comment fabriquer une bombe atomique, Emil (Mark-Antony Krupa), lui-même pourchassé par le scientifique König (Paul Ahmarani) et ses sbires nazis (Manuel Sinor, Olivier Barrette et Benoît Mauffette).

« Ce genre d’homme, il existe de nos jours, dit Ahmarani à propos de son personnage. C’est celui qui n’hésite pas à surfer, peu importe la vague, pour servir ses propres intérêts en se disant que ce qui arrive à ses collègues n’est pas son problème. Cet homme-là a décidé de servir le régime tel qu’il est. C’est beaucoup plus un opportuniste qu’un idéologue. »

Le petit chat est mort… et vivant

Onirique et ludique, Le cyclotron illustre à travers un récit inspiré de l’actrice Olga Tchekhova et du joueur de baseball Moe Berg, à qui l’on avait demandé respectivement d’exécuter Hitler et Heisenberg, l’expérience de pensée du chat de Schrödinger.

« Cette expérience nous donne une image de ce qu’est une particule. Au niveau subatomique, les particules se comportent de façon contraire à l’expérience commune que nous avons de la vie. Quand on lance un ballon, on voit sa trajectoire, on sait où il est. On ne sait pas où se trouve une particule avant de l’avoir mesurée, c’est comme si elle était à deux endroits à la fois. Il y a donc une incertitude quantique. Pour les personnages, j’aime bien penser qu’ils sont doubles et qu’ils ont une incertitude morale. La physique quantique nous donne une très belle image de la psyché humaine », explique Lucille Fluet.

Pour les personnages, j’aime bien penser qu’ils sont doubles et qu’ils ont une incertitude morale. La physique quantique nous donne une très belle image de la psyché humaine.


« Quand Emil et Simone discutent de leurs théories scientifiques, on voit qu’Emil est plutôt fataliste et déterministe ; il dit que l’histoire nous emporte comme un train qui file dans la nuit. Simone est plutôt du côté de Turing, des ordinateurs ou des jeux vidéo ; pour elle, quand on joue, on peut créer d’autres histoires. Je ne crois pas aux mondes parallèles, aux mondes possibles, même si c’est prouvé par la science que les particules se trouvent à deux endroits. À la fin, il n’y a qu’une seule histoire et on est pris avec », suggère Olivier Asselin.
 

Cette possibilité de deux réalités parallèles n’est pas sans rappeler ces faits que l’on dit alternatifs… « En lisant ce scénario-là, je ne pouvais pas croire qu’un an et demi plus tard, on se retrouverait dans une époque qui se rapprocherait dangereusement des années 1930 ! » lance avec fougue Paul Ahmarani. « Le film nous montre bien ce qu’est une période trouble où des gens ordinaires sont appelés à faire des choses extraordinaires. J’ai très, très peur qu’on entre dans un monde où notre vraie nature sera révélée par le biais de missions improbables qui nous seront confiées, comme celle de cacher ou non du monde. »

« On ne peut pas être un pacifiste pur. Einstein, avec un dénommé Szilard, a écrit à Roosevelt en 1939 pour dire que les Allemands pouvaient mettre au point une arme inouïe dans l’histoire et qu’il fallait que les Américains travaillent sur une bombe, d’où le projet Manhattan. À la fin de la guerre, ils se sont rendu compte que les Allemands n’étaient pas proches de ça. La grande histoire est faite de petits gestes qui produisent de grands effets, comme dans la théorie du chaos », conclut Olivier Asselin.

Le cyclotron

À l’affiche le 10 février