Scénario catastrophe

Les sept comédiens font preuve d’une étonnante souplesse dans les transitions de scènes — et de personnages.
Photo: Nicola-Frank Vachon Les sept comédiens font preuve d’une étonnante souplesse dans les transitions de scènes — et de personnages.

Minuit moins deux vient de sonner à l’horloge de l’apocalypse et le temps est à l’alarmisme. Mais les catastrophes qui menacent les êtres humains ne sont pas uniquement de nature globale. Act of God dépeint les impacts à long terme engendrés par un désastre à échelle plus intime. La pièce écrite par Marie-Josée Bastien et Michel Nadeau expose aussi le besoin qu’éprouvent certains de se frotter à la tragédie afin de combler un vide existentiel.

Créée au Périscope en 2014, arrivant précédée d’échos louangeurs, la production du Théâtre Niveau Parking présente une série de personnages à travers un tricotage rapide de scènes. Deux adolescentes déboussolées qui cherchent un sens à leur vie dans un flirt avec la mort. Un ambitieux photographe de presse pour qui la guerre devient une drogue. La bénévole d’un centre d’écoute pour suicidaires. Peu à peu, on en vient à comprendre les liens qui les unissent.

Toute la structure éclatée, aux temporalités mélangées, d’Act of God converge vers la révélation d’un événement fondateur. Et bien que cette terrible situation ait été utilisée quelques fois récemment dans la fiction québécoise, l’effet de surprise conserve sa force d’impact émotionnelle. La longue scène réaliste qui précède la tragédie sonne juste. Dommage que ce qui y mène ne soit pas toujours d’égale force. Les tableaux nourrissant le puzzle dramatique n’ont pas tous un grand intérêt théâtral en eux-mêmes.

La pièce a quelque chose d’un scénario, et sa fragmentation, de même que certains dialogues assez banals, paraît parfois la condamner au schématisme, à rester en surface des enjeux forts qui y sont abordés, comme lors de cette brève incursion en Afghanistan (ou dans un pays similaire). Le récit accroche pourtant. Son intelligente progression et l’habile construction temporelle à l’intensité croissante créent un suspense qui happe. Le duo d’auteurs fournit au spectateur juste assez de bribes du passé pour intriguer.

La mise en scène déploie la même efficacité. Une scénographie ouverte, un échafaudage métallique, permet des changements rapides de lieux. Les sept comédiens font preuve d’une étonnante souplesse dans les transitions de scènes — et de personnages. Le jeu est convaincu, soutenu, bien que parfois appuyé, l’ensemble imposant un registre trop uniformément intense (bref, ça crie beaucoup…)

Organisé autour d’une métaphore centrale qui décrit la forêt comme un grand organisme vivant interconnecté, un système de coopération, Act of God rappelle la nécessaire entraide qui permet la survie de l’humanité. On souhaiterait parfois plus de subtilité dans le texte, mais dans ce type de théâtre visant à susciter l’émotion, sa portée est indéniable. Et somme toute représentative d’une époque avide de sensations fortes…

Act of God

Texte et mise en scène : Marie-Josée Bastien et Michel Nadeau. Avec Caroline B. Boudreau, Charles-Étienne Beaulne, Danièle Belley, Jean-Michel Déry, Maud De Palma-Duquet, Véronika Makdissi-Warren et Réjean Vallée. Une production du Théâtre Niveau Parking. Au Théâtre Prospero jusqu’au 11 février.