Le jeu des genres

Les comédiens Samuel Corbeil et Sarah Villeneuve-Desjardins
Photo: Cath Langlois Photographe Les comédiens Samuel Corbeil et Sarah Villeneuve-Desjardins

Une semaine dans un chalet, un homme, une femme ; un couple, en fait. Par amusement, ils feignent de ne pas se connaître. Or survient un visiteur qui viendra brouiller les règles du jeu.

Le Vestiaire, qui avait confectionné l’émouvante Sauver des vies, élabore ici un jeu pervers pour deux rôles bien particuliers, ce qu’on a coutume de désigner par « l’homme » et « la femme ». Sur une proposition qui rappellera Le jeu de l’auto-stop de Milan Kundera, se trouve mis en scène « le plus vieil affrontement du monde », dixit l’introduction, avec les questions qu’il pose : questions essentielles, que l’actualité de la dernière année n’a fait que ramener au centre des préoccupations.

La table, donc, est mise pour une confrontation. Dans un huis clos qui viendra tranquillement se refermer comme un piège, la tension est palpable et, à travers coups en dessous de la ceinture et règlement de comptes des deux amants, la pièce grimpera, alcool aidant, jusqu’à une fin habilement construite.

L’homme et la femme

Dans l’ensemble du portrait, toutefois, on gardera l’impression d’une distance par rapport à ce qui se vit devant nous, distance dont il faudra chercher les causes du côté de la composition des personnages.

Le choix de la metteure en scène Danielle Le Saux-Farmer d’un espace scénique en bifrontale tient de l’excellent flash. Triés à l’entrée, les spectateurs se retrouvent côté homme ou côté femme au gré des allégeances ; sans trop appuyer, il y a là de quoi rendre sensible le thème. Une trentaine de femmes en face d’autant d’hommes, et tout à coup les problèmes se posent dans une lumière nouvelle ; le procédé conférera d’ailleurs à un segment didactique final une puissance assurée.

Cette même idée, toutefois, se fera en contrepartie d’une perte. L’écriture de Pascale Renaud-Hébert sait tabler sur les réactions discrètes plutôt que verbales ; appuyée qu’elle est sur les clins d’oeil, regards en fusil et autres silences, cette même écriture nous rend toutefois dépendants des visages en scène. Trouver fréquemment les comédiens de dos nous prive nécessairement d’une partie du sel de la pièce.

Surtout, pourtant, il en va de la dynamique même du couple, qui nous restera somme toute opaque. On s’en voudrait de ne pas souligner la partition comique laissée à Marc-Antoine Marceau, ainsi que la parfaite présence clownesque de ce dernier ; devant lui, le fond de la confrontation logera à l’enseigne de la fidélité, sans pourtant que le portrait s’éclaircisse davantage. Lui (Samuel Corbeil), un gars plutôt lisse qui, malgré des pointes agressives, n’en reste pas moins à la remorque ; elle (Sarah Villeneuve-Desjardins), une auteure timide qui tout à coup lâche la bride.

C’est dire que, si la progression dramatique de l’ensemble est efficace, on peine quand même, un pas à l’extérieur, tentant de mieux tracer leurs motivations, à les accompagner tout à fait dans le jeu qu’ils mènent. En sera le symptôme ce dernier segment du récit qui, après une montée irrésistible et convaincante, nous laissera sur un flottement.

Le jeu

Mise en scène : Danielle Le Saux-Farmer, avec Maxime Robin. Texte : Pascale Renaud-Hébert, avec Samuel Corbeil et Marc-Antoine Marceau. Avec Samuel Corbeil, Marc-Antoine Marceau et Sarah Villeneuve-Desjardins. À Premier Acte jusqu’au 4 février.