Premier acte d'une bataille pour l'équité au théâtre québécois

Les dramaturges Marilyn Perreault, Marie-Claude St-Laurent, Catherine Bourgeois et Dominick Parenteau-Lebeuf, quatre membres du mouvement Femmes pour l’équité en théâtre.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les dramaturges Marilyn Perreault, Marie-Claude St-Laurent, Catherine Bourgeois et Dominick Parenteau-Lebeuf, quatre membres du mouvement Femmes pour l’équité en théâtre.

Quelque 150 femmes de théâtre lancent une offensive pour que les théâtres présentent davantage de pièces et de mises en scène de femmes. Après avoir ouvert une page Facebook, le mouvement des Femmes pour l’équité en théâtre souhaite rencontrer les instances gouvernementales et les directions de théâtre, en plus d’agir dans les milieux scolaires pour sensibiliser la population à sa cause.

C’est la publication d’un communiqué rappelant les différents lauréats du prix Michel-Tremblay, décerné par le Centre des auteurs dramatiques et le Conseil des arts et lettres du Québec, qui a mis le feu aux poudres en novembre. Des huit lauréats récompensés en sept ans, sept étaient des hommes. La seule femme récompensée en sept ans était Jennifer Tremblay, d’ailleurs ex aequo avec un homme. « Là, on s’est dit : ça passe pas », raconte la dramaturge Marilyn Perreault, membre du mouvement et qui a accepté de donner une entrevue au Devoir sur le thème avec trois de ses collègues, Marie-Claude St-Laurent, Dominick Parenteau-Lebeuf et Catherine Bourgeois.

En novembre, donc, à la suite de discussions sur le Web, le groupe des indignées est passé de 14 à 100 membres en dix jours. Puis, une première rencontre réunit une cinquantaine de femmes de théâtre en vue de la création d’un mouvement. La semaine dernière, une page Facebook des Femmes pour l’équité en théâtre (FET) a été créée. Elle propose notamment une liste de pièces de théâtre écrites ou mises en scène par des femmes, pour répondre à un texte annonçant la rentrée culturelle théâtrale, écrit par Louise Bourbonnais dans Le Journal de Montréal, qui proposait une programmation à 95 % masculine.

« On en a contre ce boys’ club-là en premier, et contre le fait que les femmes sont très peu représentées. On s’est dit, il faut faire quelque chose pour affirmer que ça ne passe plus », dit Marilyn Perreault.

En fait, les textes et les mises en scène de femmes ne comptent que pour 25 % de la programmation des grandes scènes québécoises des théâtres associés, selon une étude menée en 2009 par Marie-Ève Gagnon pour le compte de l’Association québécoise des auteurs dramatiques (AQAD), et intitulée Le rideau de verre. Selon les statistiques compilées par les Femmes pour l’équité en théâtre, le TNM et le Théâtre Jean-Duceppe ne présentent aucune pièce écrite par une femme pour la saison 2016-2017. Sur les plus petites scènes, la proportion est légèrement supérieure, passant à 33 %, lit-on dans Le rideau de verre. Selon Marie-Claude St-Laurent, le prix Michel-Tremblay est signifiant parce que pour l’obtenir, il faut qu’une pièce ait été produite. Or, les femmes écrivent du théâtre, mais leurs pièces ne sont pas choisies par les producteurs, résument-elles.

41 % des auteurs membres du Centre des auteurs dramatiques (CAED) sont en effet des femmes. Dans un document interne, le CEAD fait son propre mea culpa. Il affirme « viser la parité dans l’ensemble de la programmation annuelle du CEAD : les Théâtres à (re)lire ont été identifiés comme un point où l’amélioration est nécessaire et possible ». Deux employées du CEAD font d’ailleurs partie du mouvement FET.

La situation ne date pas d’hier. Il y a longtemps que l’histoire retient et reproduit des oeuvres majoritairement écrites par des hommes, de Sophocle à Shakespeare. Dominick Parenteau-Lebeuf aime cependant citer Olympe de Gouges, auteure dramatique qui fut exécutée en 1793 pendant la Révolution française, et à qui on doit la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne.

« Mais qui va produire une pièce d’Olympe de Gouges à Montréal ? » demande Dominick Parenteau-Lebeuf.

« Ce qu’on se demande, c’est comment ça se fait que c’est difficile aujourd’hui pour un texte de femme d’être produit, diffusé, d’accéder à la scène et surtout aux grandes scènes. On se rend compte que les paroles féminines sont encore réservées aux événements spéciaux, aux petites salles », poursuit Marie-Claude St-Laurent.

Les femmes rencontrées parlent d’une sorte de sexisme « inconscient » dans un milieu pourtant traditionnellement ouvert, libéral et de gauche.

« Dans tout notre parcours d’artiste, on sent qu’il y a un biais, inconscient, profondément masculin, qui dirige tout », dit Dominick Parenteau-Lebeuf.

Le phénomène a été relevé aussi en France. Dans un rapport tout récent, faisant un état des lieux des cinq dernières années, la Société des auteurs et compositeurs dramatiques de France écrit : « Un constat : la présence de femmes [sur la scène culturelle] reste plus que faible. Malgré les déclarations dans les médias, les engagements politiques, les efforts ponctuels de certain-e-s, et les impressions de réussite, les chiffres nous montrent que rien n’a vraiment changé. »

Le mouvement Femmes pour l’équité en théâtre semble bien décidé à bousculer les choses, quitte à réclamer des quotas dans les programmations. À peine deux mois après sa création, il compte déjà un comité de recherche, un comité politique, un comité de sensibilisation et un comité délégué aux communications. On veut exposer les problèmes, rencontrer les décideurs, voire les femmes dramaturges de demain. Car étonnamment, les dramaturges rencontrées témoignent du fait que les femmes étaient plus présentes que les hommes dans leur cheminement scolaire. Mais le milieu semble ne pas avoir assuré leur pérennité.

1 commentaire
  • Hélène Morin - Inscrite 15 janvier 2017 22 h 54

    Bravo de reprendre ainsi la lutte pour la place des femmes dans le théâtre québécois. J'en connais des plus vieilles qui vous suivraient et je connais aussi un groupe qui se nomme les Olympes de Gouges; bien des alliées à venir. Lâchez pas!