«Kinky Boots»: ces bottes sont faites pour danser

«Kinky Boots» nous transporte dans une petite usine de chaussures sur le bord de la faillite à North Hampton, Angleterre.
Photo: Matthew Murphy «Kinky Boots» nous transporte dans une petite usine de chaussures sur le bord de la faillite à North Hampton, Angleterre.

En juillet 2016, le Torontois Andrew Scanlon s’est fait offrir un cadeau qu’il ne pouvait refuser. Membre de la troupe canadienne de Kinky Boots de juin 2015 à mai 2016, l’acteur a reçu un coup de fil de la troupe américaine lui proposant de reprendre le rôle de l’ouvrier Hooch pour la grande tournée nord-américaine. « Je suis donc devenu le premier transfuge canadien de la troupe. J’étais étonné d’être choisi », raconte celui qui est aussi la doublure de trois personnages (Don, George et Mr. Price).

Adaptation du film de Julian Jarrold sorti en 2005, lui-même inspiré d’un fait vécu, la comédie musicale Kinky Boots nous transporte dans une petite usine de chaussures sur le bord de la faillite à North Hampton, Angleterre. À la suite de sa rencontre avec la flamboyante drag queen Lola, Charlie Price, l’héritier de la petite entreprise familiale, a alors l’idée de fabriquer des bottes extravagantes pour travestis.

« Si on a aimé le film, il y a de fortes chances que l’on aime aussi le musical. La comédie musicale est très proche du film ; la plupart des personnages sont les mêmes. La seule petite différence, c’est que la liaison extraconjugale de l’épouse d’un des personnages n’est pas dans la comédie musicale. Harvey Fierstein et Cyndi Lauper, qui ont écrit respectivement le livret et les chansons, ont vu dans ce film l’occasion de transformer de petites scènes en grands moments spectaculaires », dévoile Andrew Scanlon.

« Ce qui est intéressant, c’est que le spectacle est drôle, mais ce sont les scènes les plus intimes qui sont les plus puissantes. La pièce véhicule un message humain, et c’est ce qui donne aussi beaucoup de plaisir à la jouer », poursuit-il à propos de ce spectacle créé à Chicago en 2012 et lauréat de six prix Tony.

Éloge de la différence

Après avoir notamment incarné Thénardier dans Les misérables, Beadle dans Sweeney Todd et le Lion dans The Wizard of Oz, ce passionné des comédies musicales depuis sa plus tendre enfance ne cache pas sa fierté de prendre part à ce spectacle moins frivole qu’il n’y paraît. Dans le même esprit que la comédie sociale de Julian Jarrold, laquelle s’inscrivait dans la tradition des My Beautiful Laundrette de Stephen Frears (1985), The Full Monty de Peter Cattaneo (1997) et Billy Elliot de Stephen Daldry (2000), Kinky Boots lance, à travers cette amitié improbable entre deux hommes que tout sépare, un appel à la tolérance, à l’acceptation.

« De plus en plus, nous vivons dans un monde où les différences de vie et de philosophie nous séparent. Ce que cette pièce nous dit, c’est que ces différences peuvent être l’étincelle d’une évolution personnelle. Avec ce qui se passe en ce moment, comme aux États-Unis, je pense que la pièce arrive à point. »

Tous deux obsédés par l’idée d’avoir déçu leur père, Charlie et Simon alias Lola donneront le meilleur d’eux-mêmes afin de leur prouver qu’ils ont tout pour réussir dans la vie : « C’est une belle pièce sur l’acception de l’autre, mais aussi de soi-même, de ce que l’on peut offrir au monde. Mon passage préféré, c’est lorsqu’on dit que changer d’idée, c’est changer le monde. Cela peut sembler simple, mais c’est un message très positif dans notre société. »

« Chaque soir, le metteur en scène Jerry Mitchell nous dit que notre travail est de changer un certain esprit dans le public. Ce qui donne de l’espoir, avec cette pièce, c’est que chaque fois que l’on réussit le monde devient de plus en plus tolérant. Chaque fois qu’un individu change d’opinion, c’est un succès pour nous », conclut Andrew Scanlon.

Kinky Boots

Une comédie musicale mise en scène et chorégraphiée par Jerry Mitchell. Paroles et musique de Cyndi Lauper. Livret de Harvey Fierstein. À la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts jusqu’au 8 janvier 2017.