Des héros à mourir d’ennui

Les héros de ce texte créé à Paris en 2003, ce sont Henri (Michel Dumont), Philippe (Marc Legault) et Gustave (Guy Mignault), des vétérans de la Première Guerre mondiale qui attendent la mort sur la terrasse d’un hospice.
Photo: Caroline Laberge Les héros de ce texte créé à Paris en 2003, ce sont Henri (Michel Dumont), Philippe (Marc Legault) et Gustave (Guy Mignault), des vétérans de la Première Guerre mondiale qui attendent la mort sur la terrasse d’un hospice.

Ce n’est certes pas dans l’espoir d’en apprendre plus sur notre monde complexe qu’on se rend chez Duceppe en décembre, mais il faut admettre que, cette année, la compagnie atteint un sommet. On a beau se creuser la tête, on ne trouve aucune forme de pertinence à la pièce du Français Gérald Sibleyras sur laquelle Monique Duceppe a jeté son dévolu.

Les héros de ce texte créé à Paris en 2003, sous le titre Le vent des peupliers, ce sont Henri (Michel Dumont), Philippe (Marc Legault) et Gustave (Guy Mignault), des vétérans de la Première Guerre mondiale qui attendent la mort sur la terrasse d’un hospice. L’action, cruellement inexistante, se déroule en 1959. Les vieillards se chamaillent à propos de tout et de rien. Fomentent quelques plans d’évasion. Envient la liberté des oiseaux et celle du vent dans les peupliers.

Des propos déplacés

Si la plupart des propos tenus par les trois grincheux septuagénaires sont absolument inoffensifs, si bien qu’on se demande ce qui autorise à les proférer sur une scène de théâtre, certaines de leurs déclarations rebutent. Il faut entendre Henri relater sur un ton épouvantablement lubrique sa découverte d’une école pour jeunes filles non loin de l’hospice. Ou bien Philippe, qui se remémore les pieds menus des Laotiennes. Plus gênant encore : les rires que ces répliques suscitent dans l’assistance.

Alors que tout était en place pour déployer une authentique réflexion sur la vieillesse et la mort, le délitement du corps et la persistance du désir, l’importance cruciale de l’amour et de l’amitié, ou même sur les séquelles intimes et collectives de la guerre, la pièce de Sibleyras parvient dans un véritable exploit à contourner tout cela avec 1 h 45 de palabres, que la performance de trois comédiens chevronnés dans un joli décor ne suffit pas à cautionner.

Les héros

Titre original : Le vent des peupliers. Texte : Gérald Sibleyras. Adaptation : Michel Dumont. Mise en scène : Monique Duceppe. Décor et accessoires : Normand Blais. Costumes : Pierre-Guy Lapointe. Éclairages : Luc Prairie. Musique : Christian Thomas. Vidéo : Yves Labelle. Avec Michel Dumont, Marc Legault et Guy Mignault. Au Théâtre Jean-Duceppe jusqu’au 4 février.