Le crime d’être femme

Marie-Anne Alepin fait preuve d’un souffle et d’un investissement indéniables.
Photo: Victor Diaz Lamich Marie-Anne Alepin fait preuve d’un souffle et d’un investissement indéniables.

C’est un monde où « les garçons naissent innocents, et les filles coupables », où la seule appartenance au genre féminin peut vous condamner à une vie d’asservissement, d’infériorisation et d’abus. Le monde dans lequel on vit encore. Écrivain d’origine kabyle habitant au Québec depuis 2008, Karim Akouche dénonce dans ce monologue poétique le joug que subissent les femmes dans certains « coins du monde ».

Réquisitoire enragé contre l’oppression féminicide, hommage lyrique à la moitié du genre humain, ode célébrant la sensualité, l’amour et la vie, à l’encontre des idéologies intégristes : Toute femme est une étoile qui pleure est tout cela à la fois. Un « J’accuse » lancé contre les dieux et surtout, les hommes, écrit dans une langue lyrique et parfois crue, qui révèle un sens de l’image.

Le solo dessine plus ou moins, non pas un récit, mais un parcours : le destin tragique d’une poétesse engagée vouée à l’emprisonnement pour avoir osé prendre position publiquement. C’est cette protagoniste qui porte les voix de multiples femmes vivant des situations horribles. Mariage forcé, excision ou même la réduction à être un objet de troc… Parlant de chosification, notre société semble aussi en cause quand il est question de femmes utilisées comme des objets par la publicité. Le texte déploie une parole universelle en recourant de façon récurrente à l’habile formule « dans ce coin du monde » plutôt qu’en nommant un pays spécifique. Mis au monde par deux artistes apparentées qui ont des racines syriennes, la metteure en scène Francine Alepin et la comédienne/productrice Marie-Anne Alepin, le spectacle est par contre très ancré dans un contexte moyen-oriental, à travers le décor, la musique, la chorégraphie.

Une production sincère, mais qui n’est pas exempte de maladresses, qui semble ainsi tendre à compenser la nature plus poétique que dramatique du texte par certains effets un peu trop appuyés. Pas une mince tâche que de porter sur scène, pendant plus d’une heure, ce monologue parfois abstrait, qui véhicule diverses tonalités. Le jeu appliqué de Marie-Anne Alepin m’a paru inégal, plus convaincant à rendre certaines émotions que d’autres. L’interprète fait toutefois preuve d’un souffle et d’un investissement indéniables afin de faire retentir cette parole.

Une parole forte qui, parce qu’on a la liberté, de ce côté-ci du monde, de la défendre dans l’espace public, est essentielle.

Toute femme est une étoile qui pleure

Texte : Karim Akouche. Mise en scène : Francine Alepin. Spectacle des Productions Kléos. Au théâtre La Chapelle, jusqu’au 10 décembre.