L’adolescence est un film d’horreur

Le spectacle séduit en explorant et en mélangeant différents registres, fantastique, drame et comédie. Particulièrement en s’amusant avec les codes du récit d’horreur, genre dont le jeune héros est friand.
Photo: Jean-Charles Labarre Le spectacle séduit en explorant et en mélangeant différents registres, fantastique, drame et comédie. Particulièrement en s’amusant avec les codes du récit d’horreur, genre dont le jeune héros est friand.

L’oeuvre du dramaturge Larry Tremblay n’est jamais plus attrayante, à mon sens, que dans l’élaboration de machineries théâtrales labyrinthiques, insondables, aux différentes couches dans la complexité desquelles on se perd avec plaisir. Citons Le ventriloque, Abraham Lincoln va au théâtre et maintenant le fascinant Joker qui hante ces jours-ci le Quat’Sous. La lisibilité requise par le créneau adolescent ne permet probablement pas à l’écriture de Tremblay de se déployer de cette façon dans Le garçon au visage disparu, pièce plus divertissante qu’inquiétante, mais la création contient néanmoins de nombreux éléments étranges.

La description de la crise identitaire vécue par un jeune homme mal dans sa peau (convaincant David Strasbourg), qui rejette les valeurs d’un père trop absent, y passe ainsi par une image métaphorique plutôt que par un récit psychologique. Il y a un peu quelque chose de La métamorphose dans la situation de cet adolescent gothique et renfermé qui perd subitement la capacité de communiquer — littéralement, puisqu’il est désormais privé de visage —, lorsque son père, un travailleur humanitaire, est kidnappé. Une filiation avec laquelle Jérémy devra se réconcilier afin de retrouver forme humaine et contact avec le monde.

Si la langue paraît simple, le récit emprunte une structure qui n’est pas linéaire, et la production du Théâtre le Clou mise sur une forme scénique qui joue sur les niveaux entre réalité et fiction, en mettant de l’avant une mise en abyme cinématographique : on voit la fabrication du récit sur fond de green screen, comme si le spectateur assistait à un tournage.

Le spectacle séduit en explorant et en mélangeant différents registres, fantastique, drame et comédie. Particulièrement en s’amusant avec les codes du récit d’horreur, genre dont le jeune héros est friand. Certaines séquences paraissent parodier L’exorciste, alors que la mère (Julie McClemens), désemparée par la condition inusitée de Jérémy, a recours à un défilé d’intervenants tous plus peureux et inutiles les uns que les autres, campés d’amusante façon par Christian E. Roy.

La trame sonore de Navet Confit, la scénographie de Raymond Marius Boucher et les projections de Francis-William Rhéaume concourent à créer cette évocation de film de peur. Mais à l’inverse de beaucoup de fictions de zombies, et malgré la thématique du deuil, Larry Tremblay s’y emploie à fournir une finale réconfortante. Ici, si les morts continuent à vivre, c’est à travers leurs enfants… Une forme d’immortalité passablement plus rassurante.

Le garçon au visage disparu

Texte : Larry Tremblay. Mise en scène : Benoît Vermeulen. Avec Julie McClemens, Alice Moreault, David Strasbourg et Christian E. Roy. Une production du Théâtre Le Clou. Jusqu’au 25 novembre, à La Licorne.