Classe de maître en solo

Le personnage de Miss Brodie trouve en Micheline Bernard une interprète au tempérament fort, tour à tour caustique, rageuse, déchirée.
Photo: Source Suzane O'Neil Le personnage de Miss Brodie trouve en Micheline Bernard une interprète au tempérament fort, tour à tour caustique, rageuse, déchirée.

La première promesse tenue par cette pièce forte, c’est d’abord celle d’une rencontre marquante entre un personnage et une comédienne. Cette Miss Brodie fière, plutôt misanthrope, mais sûre de son pouvoir sur les hommes (elle dit porter sa sexualité « comme un étui à revolver », sur les hanches), qui camoufle ses blessures sous des griffes acérées, trouve en Micheline Bernard une interprète au tempérament fort, tour à tour caustique, rageuse, déchirée. La comédienne capte le public pendant 90 minutes. Un exploit pour un premier solo.

Il faut dire que le dramaturge écossais Douglas Maxwell lui fournit de la belle matière avec ce monologue d’une enseignante retraitée, au passé trouble, qui se retrouve embauchée comme suppléante dans une école primaire. Sa rencontre avec une nouvelle élève, une Somalienne de six ans qui se mure dans le silence et en laquelle elle se reconnaît étrangement, éveille de douloureux souvenirs. Scandalisée par la démission du directeur d’école qui permet — sous couvert d’ouverture culturelle — à un membre de sa communauté de venir exorciser (!) Rosie en classe, Miss Brodie en viendra à faire un geste pour le moins radical.

En plus de dresser un hommage à l’enseignement, décrit comme une promesse faite aux enfants, le texte créé en 2010 aborde donc un sujet dans lequel on nage toujours : la place à ménager aux pratiques culturelles et religieuses différentes dans cet espace laïque qu’est l’école. La question délicate des accommodements se pose ici comme dans la très muticulturaliste Grande-Bretagne. Bien que d’inspiration réelle, le cas raconté est toutefois si extrême qu’il semble ne pas pouvoir susciter autre chose qu’une réprobation générale.

Heureusement, Des promesses, des promesses transcende de loin l’illustration d’une problématique sociale. Posant aussi une réflexion sur les perceptions, Douglas Maxwell a donné une grande complexité à son personnage. Miss Brodie n’est pas que cette enseignante dévouée, cette résistante qui défend courageusement une enfant — et aussi important, ce sanctuaire de la connaissance qu’est censée être l’école — contre des superstitions et des pratiques obscurantistes. Elle se révèle une femme blessée qui se bat contre ses propres pulsions et est motivée aussi par des rancunes personnelles. À travers Rosie, elle voit la chance de peut-être réécrire l’histoire à venir de cette enfant et de se venger de son propre passé.

Tracé dans un environnement sobre mais bien pensé, dirigé avec sensibilité par Denis Bernard, le parcours troublant de ce personnage qui nourrit un ressentiment lié à l’emprise d’« hommes d’Église » et dénonce le rapport asservissant de la religion sur les femmes évoque d’évidentes résonances ici…

Des promesses, des promesses

Texte : Douglas Maxwell. Traduction : Maryse Warda. Mise en scène : Denis Bernard. Jusqu’au 19 novembre, à la Petite Licorne.