Du côté des hommes

Sylvain Marcel et Guy Jodoin dans «Nos femmes»
Photo: Marlène Gélineau Payette Sylvain Marcel et Guy Jodoin dans «Nos femmes»

Nos femmes, paradoxalement, traite surtout des hommes. Et qui plus est, de certains mâles qui ne savent pas parler aux — et des — femmes. Dans la pièce d’Éric Assous, les personnages féminins sont vus uniquement à travers le point de vue des hommes (hormis un message téléphonique). Et le portrait qui émerge in absentia n’est guère flatteur.

Il s’agit là de la deuxième pièce du populaire auteur français, actif au cinéma (Petits désordres amoureux) comme sur scène, présentée par la compagnie Jean Duceppe, après Esprit de famille en décembre 2013. Sauf que celle-ci n’occupe pas la case horaire, présumée légère, de la comédie-du-temps-des Fêtes. Le récit a un point de départ grave. Le meurtre d’une femme, qu’avoue Simon (fébrile David Savard) en déboulant, catastrophé, chez ses amis de toujours, le soir de leur traditionnel party de cartes. Une dispute conjugale a mal tourné, explique-t-il en demandant à ses copains de mentir afin de lui fournir un alibi. Crise et débats s’ensuivent.

Le crime devient donc prétexte à un test des valeurs : jusqu’où iriez-vous pour défendre un ami ? Une manière aussi d’ouvrir les vannes d’une certaine intimité chez ces hommes qui seront amenés à faire le bilan de leur existence. Le révélateur d’un constat d’échec personnel, malgré leur succès matériel — ce dont témoigne l’appartement branché qu’a créé, avec d’impressionnants effets de perspective, le scénographe Guillaume Lord — et une prise de conscience du fait qu’ils ne savent plus comment vivre en couple.

La transposition de la pièce au cinéma, par Richard Berry il y a un an, aurait suscité la polémique en France, alors que certains ont reproché au film sa banalisation de la violence contre les femmes, utilisée comme ressort d’une comédie. Ici, le metteur en scène Michel Poirier dit avoir voulu éloigner le texte du boulevard et le tirer du côté du drame. Louable effort. La pièce, correctement fabriquée mais convenue, n’a toutefois pas la profondeur nécessaire, et ses personnages paraissent trop superficiels, typés. La légèreté de ton est inscrite dans le texte même. Et le spectacle, au final, semble manquer de tension dramatique.

Nos femmes visait peut-être à mettre en lumière le machisme de ses personnages. L’un (Guy Jodoin) étouffe sa fille, l’autre (Sylvain Marcel, solide, malgré tout) est incapable de s’engager — le pauvre se justifie toutefois par le fait que sa première femme l’a « lavé » dans le divorce… Mais il reste que la manière dont la femme assassinée est, ultimement, dénigrée par les trois personnages suscite le malaise. Ce portrait négatif donne presque l’impression qu’on blâme la victime… Dans le contexte que l’on sait, ça n’a rien de comique.

Nos femmes

Texte : Éric Assous. Mise en scène : Michel Poirier. Adaptation : Monique Duceppe. Codiffusion avec Les Productions Jean- Bernard Hébert inc. Au Théâtre Jean-Duceppe, jusqu’au 3 décembre.