Chorégraphies d’enfants

Le chorégraphe Pierre-Paul Savoie et le chanteur Alexandre Désilets, qui prête sa voix à «L’école buissonnière».
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le chorégraphe Pierre-Paul Savoie et le chanteur Alexandre Désilets, qui prête sa voix à «L’école buissonnière».

Le lien entre Pierre-Paul Savoie et Prévert remonte à l’adolescence, moment où le chorégraphe découvre cette voie singulière et se sent interpellé par le ton irrévérencieux et surtout le parti pris du poète pour l’enfance « qui ne fait pas dans le joli, ni dans le Walt Disney », se plaît-il à souligner. Ce dimanche, sur les planches de la Tohu, prendra forme une nouvelle création inspirée du poète où danse, musique et chants s’unissent pour rendre hommage à l’enfance.

Pour créer L’école buissonnière, produit conjointement par PPS Danse et l’école DansEncorps, Pierre-Paul Savoie a puisé dans les textes issus des recueils Paroles et Histoires, dans lesquels il a vu un fil rouge pour parler de l’apprentissage scolaire. « L’épisode de la vie de Prévert où il était malheureux dans une classe m’a servi. Son imaginaire était beaucoup plus tourné vers l’extérieur de la classe que vers l’intérieur. Le côté rêveur prenait le dessus. C’est ce qui m’a intéressé. »

Puiser dans les textes du poète, se servir de cette matière pour s’adresser à des enfants qui réussissent moins bien les matières scolaires mais qui se révèlent ailleurs que dans une classe, par la création, a servi de base au travail du metteur en scène. « Il y a tellement d’autres systèmes dans lesquels l’enfant peut apprendre, se révéler. J’ai appelé le spectacle L’école buissonnière parce que tout ce qui se passe en dehors de la classe est pour moi tout aussi valable que ce qui se passe à l’intérieur. Toutes les façons d’apprendre sont bonnes. Mon scénario, je l’ai d’ailleurs construit dans deux lieux principaux, la classe et la cour d’école. »

Jouer, c’est apprendre

Le jeu entre ces lieux chargés de socialisation se manifestera dans une scénographie mouvementée, portée par quatre personnages représentant chacun un archétype d’enfant. Cette mise en scène alliant jeux de corde, de ballon, danse et chant — interprétée par Alexandre Désilets et Amylie et mise en musique par Benoît Côté — lui a été inspirée des enfants eux-mêmes.

C’est en les observant, en allant à leur rencontre dans les classes, que Pierre-Paul Savoie puise une grande partie de ses idées. « Dans une cour d’école, la cloche sonne et les enfants se garrochent dehors. L’énergie qui est contenue éclate tout d’un coup. Les enfants courent dans toutes les directions, c’est vraiment une chorégraphie extraordinaire. Tous les paramètres de la danse sont là, le jeu, l’espace, le rythme. »

L’école buissonnière, c’est la mise en scène du conformisme de l’apprentissage versus la liberté qu’on peut retrouver dans une cour d’école. Pour Savoie, le jeu demeure un des moyens d’apprentissage les plus forts. « C’est quelque chose de très naturel qui sera présenté sur scène : l’enfant dans sa nature profonde, authentique. C’est eux, c’est leur portrait, un portrait de leur condition d’élèves dans le système scolaire actuel. »

Culture chorégraphique

En parallèle avec cette création, Pierre-Paul Savoie s’immerge dans le monde des enfants, va à leur rencontre et organise des activités culturelles liées à la danse : « On vit un processus avec eux. On leur parle d’adaptation d’une oeuvre à la scène, des métiers qui sont impliqués dans un spectacle de danse, on les initie à l’apprentissage du vocabulaire chorégraphique. Il y a aussi un atelier sur la musique. Ils sont en contact direct avec l’oeuvre et développent une sensibilité pour l’art contemporain. »

Le plaisir palpable qu’éprouve Savoie à créer des pièces pour les enfants se double d’une volonté plus que sentie de les initier à l’art de la danse contemporaine, de développer une génération cultivée en la matière. « Il faut le faire, ce travail-là. Mon engagement, il est là : contribuer à développer une culture chorégraphique au Québec. Je suis un défricheur et je l’assume. Je suis à l’aise avec cette fonction-là. Il faut continuer à travailler. »

L’école buissonnière

Collage, chorégraphie et mise en scène : Pierre-Paul Savoie. Textes : Jacques Prévert. Interprètes : Mathilde Addy-Laird, Chantal Baudoin, Dany Desjardins, Amélie Rajotte. Musique : Benoît Côté. Voix : Alexandre Désilets et Amylie. Conseillère à la dramaturgie : Lise Vaillancourt. Public cible : 4-10 ans.