Feu de joie

Il n’y a pas que le très théâtral rideau, tout en paillettes scintillantes, tapissant le mur du fond, qui brille de mille éclats sur la scène de la salle Jean-Claude Germain.
Photo: Julie Artacho Il n’y a pas que le très théâtral rideau, tout en paillettes scintillantes, tapissant le mur du fond, qui brille de mille éclats sur la scène de la salle Jean-Claude Germain.

Comment échapper à ses origines, à un héritage familial toxique qui semble se perpétuer inlassablement, parfois même à notre insu ? La thématique n’est pas neuve sur scène au pays de Michel Tremblay. Mais David Paquet la traite à sa manière bien particulière, qui s’écarte résolument, et de plus en plus, semble-t-il, des univers formatés. À la croisée de la tragédie grecque et du burlesque, de la comédie noire et du conte, sa création Le brasier assigne un fatum digne des Atrides à des personnages plutôt à la mesure de La petite vie.

L’auteur de Papiers mâchés dépeint la fatalité pesant sur une lignée à travers l’image circulaire du carrousel, c’est-à-dire qui tourne si bien en rond que le spectateur ne peut savoir avec certitude où commence et où finit l’ascendance familiale. Un univers découpé en trois tranches narratives distinctes, aux tons différents, mais qui sont liées, découvrira-t-on, par les liens — vénéneux — du sang.

On rencontre d’abord d’étonnantes triplées (Kathleen Fortin, Dominique Quesnel et… Paul Ahmarani), vivant séparées les unes des autres, et toutes plutôt déséquilibrées, une folie qu’elles mettent sur le compte de l’hérédité et du manque d’amour maternel. Sans dévoiler les liens qui les unissent aux personnages suivants, un couple de naïfs marginaux et une femme chez qui couve une passion non orthodoxe, disons qu’au final, c’est surtout l’isolement, la solitude qui semble damner ces êtres. Et c’est seulement par le rapprochement et le contact humain qu’ils peuvent transcender leur destin.

Une couleur qui s’impose

Mais bien davantage que le propos, franchement, c’est la couleur tragicomique, monstrueuse et sensible à la fois, d’un texte mariant allégrement les genres, qui s’impose. Si David Paquet suscite surtout le rire en jouant sur l’insolite, il parvient à toucher par son deuxième récit, une romance dont la bizarrerie n’empêche pas, et renforcerait même plutôt, la nature attendrissante. Quant au dernier tableau, il laisse place à une sorte de lyrisme brûlant (l’autre métaphore qui enveloppe Le brasier, c’est bien sûr celle du feu).

Et il n’y a pas que le très théâtral rideau, tout en paillettes scintillantes, tapissant le mur du fond, qui brille de mille éclats sur la scène de la salle Jean-Claude Germain. À univers hors normes, interprètes à la personnalité forte. Chacun dans de doubles prestations très différentes, Paul Ahmarani, Kathleen Fortin et Dominique Quesnel embrasent la scène par leur présence singulière.

Le brasier

Texte : David Paquet. Mise en scène : Philippe Cyr. Production : L’Homme allumette. À la salle Jean-Claude Germain, jusqu’au 15 octobre. En supplémentaires du 18 au 21 octobre et les 25 et 26 octobre.