Les gens qui s’aiment

«Les armoires normandes», un spectacle où l’humour se fait plus ravageur que jamais.
Photo: Lebruman 2015 «Les armoires normandes», un spectacle où l’humour se fait plus ravageur que jamais.

Tradition réjouissante que ces retrouvailles automnales avec les Chiens de Navarre. Après Quand je pense qu’on va vieillir ensemble, en 2014, et Une raclette, en 2015, le collectif français est de retour à l’Usine C ces jours-ci avec Les armoires normandes, un spectacle où l’humour de la troupe guidée depuis une décennie par Jean-Christophe Meurisse se fait plus ravageur que jamais.

Ce sont d’abord et avant tout de prodigieux comédiens. Masques et mascottes, doublages et culbutes, sacré et profane, quotidien et fantastique, sublime et grotesque… rien ne leur semble inaccessible. Dans l’univers grinçant de ces onze zigotos, un microcosme qui évoque un peu celui des Deschiens, la bande de Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff, les registres les plus divers s’entrechoquent pour notre plus grand bonheur. À vrai dire, dans leur carré de sable, les Chiens de Navarre ne font pas de distinction entre bon et mauvais goût. Chez ces fous du roi, la grossièreté atteint des sommets, les insultes fusent et les tabous sont pourfendus avec superbe.

Quête du bonheur

Les thèmes sont nombreux, abordés de manière désopilante ou cruelle, mais les différentes vignettes traduisent toujours une quête de bonheur au sein du couple. Amour et désir, solitude et fidélité, mariage et parentalité, tout cela est exploré dans une alternance de scènes intimes et collectives, passage chez le psy et fiesta débridée, séance de spiritisme et banquet décadent. Le résultat est une critique impitoyable de notre époque et du rapport tordu que plusieurs de nos contemporains, ici de la classe moyenne, entretiennent avec la notion d’engagement. Les observations sont si juste que le rire s’accompagne invariablement de réflexion.

Il semble bien qu’il n’y ait pas d’amour heureux. Qu’à cela ne tienne, les Chiens de Navarre dansent comme pas un sur les ruines du sentiment amoureux. Leur irrévérence est sans borne. Du Christ en croix sanguinolent et féru d’histoire de l’art au bébé naissant qui sert de ballon de football, en passant par le concours du slip qu’on transforme en camisole et le couple de nouveaux mariés qui traversent les gradins en s’agrippant aux spectateurs, on s’incline devant autant de drôlerie, de subversion et d’inventivité scénique.

Les armoires normandes

Création collective : Les Chiens de Navarre. Dirigée par : Jean-Christophe Meurisse. Éclairages : Stéphane Lebaleur. Son : Isabelle Fuchs. Costumes : Élisabeth Cerqueira. À l’Usine C jusqu’au 23 septembre et au Théâtre du CNA (Ottawa) du 5 au 8 octobre.