Les échanges se multiplient entre Montréal et Québec

Marie Labrecque Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

La distance entre Montréal et Québec a rarement paru aussi courte, sur le plan théâtral du moins. Ce n’est pas un phénomène nouveau, mais le nombre des échanges cette saison entre les scènes des deux villes pourrait faire l’envie des maires Coderre et Labeaume.

En novembre, on verra ainsi dans les salles montréalaises deux mises en scène précédemment signées par Édith Patenaude dans la Vieille Capitale. La salle Jean-Claude-Germain accueille Mes enfants n’ont pas peur du noir, premier texte de Jean-Denis Beaudoin, « d’une incroyable richesse », écrivait le collaborateur du Devoir lors de la création à Premier Acte. Coproduction entre le Théâtre Denise-Pelletier et le Trident, 1984 recrée l’univers totalitaire de George Orwell. Avec Maxim Gaudette en héros opprimé par Big Brother. L’Espace Go reçoit pour sa part une autre importation du Trident : Norge, un solo identitaire de Kevin McCoy (Ailleurs).

Ambitieux projet qui mobilise plusieurs compagnies de la métropole et de la capitale, dont le Théâtre de la Bordée, et qui fusionne diverses pièces de Shakespeare pour traiter de luttes de pouvoir, Gloucester pourrait être un pendant de l’épique Five Kings. Mais le ton de cette comédie écrite par Jean-Guy Legault et Simon Boudreault, parodiant des archétypes tragiques, s’annonce pour le moins différent… À la Cinquième salle.

Créations et famille

La famille, ce creuset d’affrontement des générations, reste un terreau fertile pour de nombreuses créations. Cela semble le cas pour trois pièces qui seront jouées dans l’une ou l’autre salle du Théâtre d’Aujourd’hui. Avec La délivrance, qui succède à La liste et au Carrousel, Jennifer Tremblay complète son triptyque et offre un autre solo à la grande Sylvie Drapeau. Dans Dimanche Napalm, Sébastien David (Les morb(y)des) oppose un fils contestataire aux siens pour interroger la « désillusion de la jeunesse », dans la foulée des espoirs mort-nés suscités par le printemps érable. Les personnages du Brasier sont pour leur part hantés par leur histoire familiale. La création de David Paquet (Porc-épic) bénéficie d’une distribution étincelante : Paul Ahmarani, Kathleen Fortin et Dominique Quesnel.

Et dans Pourquoi tu pleures ?…, de Christian Bégin, un clan se déchire autour d’un testament. Pour son 20e anniversaire, la troupe des Éternels Pigistes s’offre la grande scène du Théâtre du Nouveau Monde (TNM).

À l’Espace libre, Les lettres arabes 2 ramène le tandem comique créé il y a cinq ans par Geoffrey Gaquère et Olivier Kemeid. La suite, aussi écrite et jouée par Mani Soleymanlou, aborde par l’humour un sujet explosif (sans mauvais jeu de mots) : le naïf duo se retrouve dans un camp djihadiste en Afghanistan…

Répertoire pas si classique

Parlant de manipulation par la religion, le brillant Emmanuel Schwartz incarnera Tartuffe au TNM. Un deuxième Molière pour le metteur en scène Denis Marleau après Les femmes savantes.

Autrement, les rares classiques de l’automne donnent lieu à des jumelages plutôt intrigants entre textes et jeunes créateurs. À Denise-Pelletier, Alexandre Fecteau (Le NoShow) dirige la dynamique troupe de la Banquette arrière dans Le timide à la cour, de Tirso de Molina, issu du Siècle d’or espagnol. Abîmés, à Fred-Barry, constitue la première incursion de la compagnie Joe Jack et John dans une oeuvre de répertoire : Catherine Bourgeois monte quatre dramaticules de Beckett.

Textes étrangers contemporains

Non contente de reprendre son Macbeth (à l’Usine C), Angela Konrad pose sa griffe sur une « comédie cruelle » de l’Allemand Roland Schimmelpfennig. Avec Le royaume des animaux, la metteure en scène explore encore une fois les coulisses d’une représentation théâtrale. Au Quat’Sous.

La dramaturgie de la Grande-Bretagne a toujours la cote, avec le retour de plusieurs auteurs connus. Jérémie Niel s’attaque ainsi à La campagne, un autre opus issu de l’oeuvre brillante et déroutante de l’Anglais Martin Crimp (La ville). Aussi chez Prospero, le Théâtre Bistouri, qui avait présenté L’Ouest solitaire, du grinçant Martin McDonagh, offre cette fois Les ossements du Connemara. À noter la présence de la trop rare Micheline Lanctôt sur scène.

Son compatriote irlandais Mark O’Rowe (Howie le Rookie) trouve pour une troisième fois une niche à La Licorne, où Michel Monty monte Terminus. Enfin, c’est aussi dans le théâtre dirigé par Denis Bernard qu’on découvrira l’Écossais Douglas Maxwell. Son monologue Des promesses, des promesses sera porté par Micheline Bernard.

Un doublé pour Larry Tremblay

Trois créations dans la même année, ce n’est pas banal pour un auteur. À son adaptation récente de L’orangeraie, le prolifique dramaturge ajoutera en novembre la mise au monde de deux nouveaux textes. Le directeur sortant du Quat’Sous, Éric Jean, portera sur scène l’intrigant Le Joker, un récit à la temporalité accélérée. C’est à La Licorne que sera créée Le garçon au visage disparu, par Benoît Vermeulen et la compagnie dédiée aux adolescents Le Clou. Une allégorie sur l’identité qui « flirte avec le fantastique ».

Voix féminines

Deux des spectacles les plus attendus de l’automne sont portés presque exclusivement par des actrices. Dans Une femme à Berlin, Jean Marc Dalpé a adapté pour la scène le témoignage de la journaliste Marta Hillers, qui rend compte de la dure condition des Berlinoises à la fin de la Seconde Guerre mondiale. À travers quatre voix fortes (Sophie Desmarais, Evelyne de la Chenelière, Louise La- prade et Évelyne Rompré), la pièce dirigée par Brigitte Haentjens rend hommage au courage de ces survivantes. À l’Espace Go.

Le théâtre Prospero accueille Dans la solitude des champs de coton, une version féminisée du classique de Bernard- Marie Koltès, créée au théâtre des Bouffes du Nord à Pa- ris. Anne Alvaro et Audrey Bonnet s’approprient ce dia- logue ambigu entre dealer et client.

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