Théâtre - Solitude à l'ancienne

Vingt-cinq ans: autant dire une éternité, à notre époque. Bien plus de temps qu'il n'en faut à un mot pour se démoder, voire pour disparaître entièrement de l'usage courant. Je vous l'accorde: de bachelor, nous conservons encore le vague souvenir de ses significations. Néanmoins, pour l'essentiel, les célibataires d'hier habitent aujourd'hui des un-et-demi. De plus, la catégorie que l'on croyait éternelle de la vieille fille fait maintenant partie des espèces en voie d'extinction, à tout le moins dans cette région du globe.

Pour cela, en dépit des efforts déployés de toute part pour rafraîchir Bachelor, le one-woman show de Louis Saïa et de Louise Roy ne réunit tout simplement plus les éléments nécessaires pour créer l'engouement qui avait suivi sa création, en 1979. Et le remplacement des références initiales par les Charest, Landry et Garou ne suffit pas à donner l'illusion que cette histoire de femme seule en continuelle recherche de l'âme soeur se passe en ce moment.

L'autre «élément» qui joue en défaveur de la relance de ce succès populaire, c'est, pour le dire sans détour, le sex appeal indéniable de Sylvie Léonard. Pas une seconde le spectateur peut-il croire qu'il a devant lui une femme qui n'est plus aussi désirable qu'avant. La chose n'a rien à voir avec son talent d'actrice. Mais la vedette d'Un gars, une fille ne peut cacher bien longtemps qu'elle a du charme à revendre, un corps de déesse et même de la délicatesse dans la vulgarité. J'oserais dire que cela est encore plus patent à la scène qu'au petit écran, peut-être parce qu'on la voit s'épiler en petite tenue pendant les deux tiers de la représentation.

Bien qu'elle ne soit pas montée sur scène depuis sept ans, sa Dolorès prouve que l'actrice n'a rien oublié. Elle émaille de mille détails la petite étalagiste esseulée qui vide littéralement son sac devant une voisine à laquelle elle s'impose en toute impudeur. Mieux, elle évite la caricature et allège un monologue pas spécialement léger. En outre, elle n'a pas la moindre peine à installer rapidement une relation de complicité avec un auditoire venu principalement pour la voir et l'entendre. Cependant, affirmer que sa prestation est électrisante serait mentir. Sylvie Léonard se montre surtout polyvalente. Elle fait sourire des maladresses de son personnage et on plaint ses déboires sentimentaux. Mais on s'en remet assez vite.

En fait, Bachelor est un bon véhicule pour l'actrice si tant est qu'elle veuille effectuer un retour à la scène. En tant que discours sur la solitude actuelle, le spectacle s'avère toutefois dépassé. Pas que la solitude ait disparu, c'est entendu. Mais les causes et la configuration du problème ont changé, de même que les diverses manières dont le théâtre peut en témoigner.