Peu de chimie entre les amants de Vérone

Alex Bergeron et Benoît McGinnis dans Roméo et Juliette
Photo: Yves Renaud Alex Bergeron et Benoît McGinnis dans Roméo et Juliette

La dernière production de Roméo et Juliette au Théâtre du Nouveau Monde remonte à 1999. Martine Beaulne avait alors fait appel à Danny Gilmore et Isabelle Blais. Dix ans plus tôt, Guillermo de Andrea avait confié les rôles à Roy Dupuis et Geneviève Rioux. Cette même année, à la salle Fred-Barry, Serge Denoncourt dirigeait À propos de Roméo et Juliette, un texte inspiré à Pierre Yves Lemieux par la célèbre pièce de Shakespeare. Vingt-sept ans plus tard, le metteur en scène, aujourd’hui consacré, renoue avec les amants tragiques sur la grande scène du TNM.

Denoncourt a choisi de camper l’action de son spectacle dans l’Italie de 1937, en pleine montée du fascisme. Ainsi, les habits du prince de Vérone évoquent ceux de Mussolini et certains personnages semblent appartenir aux chemises noires. Malheureusement, le parti pris, loin d’être saugrenu, précisons-le, trouve bien peu d’échos dans la relecture sociale ou politique du conflit qui oppose les Montaigu et les Capulet. On comprend vite qu’il s’agit d’abord et avant tout d’un choix esthétique.

Esthétique impeccable

Mais d’un point de vue esthétique, justement, la représentation est impeccable. Des costumes soignés de Pierre-Guy Lapointe aux décors anguleux de Guillaume Lord en passant par les éclairages solaires de Martin Labrecque et les accessoires emblématiques de Julie Measroch, la production est dotée d’une richesse, d’une sobriété et d’une cohérence exceptionnelles. On pense inévitablement au cinéma italien des années 1960 et 1970, à ce mélange d’insouciance et de tragédie, à cette beauté que le destin menace à tout instant de saccager.

Le spectacle fait la part belle à la jeunesse, à sa désinvolture, à sa pureté, mais aussi à son impulsivité et à sa cruauté. C’est ainsi que de tout jeunes acteurs s’illustrent, notamment Guillaume Gauthier et Mathieu Richard, désopilants valets de Capulet, mais également Gabriel Lemire, qui incarne Benvolio avec beaucoup d’agilité.

McGinnis remarquable

Denoncourt a eu la brillante idée de mettre en relief le riche personnage de Mercutio, homosexuel vieillissant qui brûle d’un amour impossible pour Roméo. On pense alors aux Ragazzi de Pasolini et à Mort à Venise, le film de Visconti. C’est simple, la performance de Benoit McGinnis vaut à elle seule le déplacement au TNM ces jours-ci. Son Mercutio, d’une intelligence ravageuse et d’une lucidité terrible, tragique, se consume sous nos yeux.

Malheureusement, la chimie entre Roméo et Juliette n’opère pas. Alors que Philippe Thibault-Denis livre une performance juste, énergique, celle de Marianne Fortier est bien fade, monocorde. Cet amour, dont la force devrait nous soulever, ne passe pas la rampe. Reste le comique, parfois nécessaire, grinçant, mais parfois aussi, il faut le reconnaître, poussé jusqu’à la caricature. Les amateurs de ce qu’on appelle le comique d’accumulation seront servis, notamment par la scène du balcon, mais également par certaines des apparitions de la nourrice incarnée, pas exactement dans la retenue, par Debbie Lynch-White.

Roméo et Juliette

Texte : William Shakespeare. Traduction : Normand Chaurette. Mise en scène : Serge Denoncourt. Une production Juste pour rire, en collaboration avec le TNM. Au TNM jusqu’au 18 août.