D’amour et de dérision

Thomas Leblanc pendant le spectacle «Sainte Céline: a Dion Cabaret»
Photo: Mickael A Bandassak Thomas Leblanc pendant le spectacle «Sainte Céline: a Dion Cabaret»

Au Québec, aimer ou pas Céline Dion n’a rien d’innocent. Toute critique de la chanteuse iconique attire immanquablement des accusations de snobisme ou, pire, d’envie envers une congénère qui connaît un succès planétaire. Bref, la petite fille de Charlemagne n’est pas une artiste comme les autres, qu’on peut se contenter d’évaluer suivant des critères purement esthétiques et personnels…

L’un adorateur et l’autre détracteur, les deux animateurs de Sainte Céline : a Dion Cabaret, un spectacle dérisoire et musical consacré à notre idole nationale, ont choisi leur camp respectif. Même si, sur scène, le fan autoproclamé, le chroniqueur Thomas Leblanc, très à l’aise, lance parfois des piques presque aussi mordantes que celles émises par la « hater » de service, la caustique humoriste trans Tranna Wintour.

Présenté dans les deux langues que Céline maîtrise mal (c’est eux qui le disent, pas moi), le spectacle mêle stand-up et cabaret burlesque iconoclaste à des numéros musicaux au quasi premier degré — invitée le soir de la première, la chanteuse Audrey PM a notamment livré une version acoustique du vieux succès D’amour et d’amitié. Sainte Céline est une sorte d’hommage festif à une figure incontournable de notre culture, qui convoque au final autant d’affection que de raillerie autour de la star et impose parfois un regard autodérisoire sur l’expérience de superadmirateur. Et dans la petite salle survoltée du boulevard Saint-Laurent, on était clairement en famille. Un auditoire largement composé de connaisseurs capables de reconnaître les chansons par leur résumé, et où l’auteure de ces lignes, qui avoue une assez grande indifférence à l’égard de la diva (sacrilège !), faisait probablement figure d’extraterrestre.

Même si le spectacle s’avère un peu moins satirique qu’espéré, soirée de communion au culte de Céline plutôt que véritable désacralisation, il fait pourtant souvent preuve d’une savoureuse irrévérence. Le trio de power ballad Dreams y propose une parodie outrée de soap opera dont les répliques puisent presque entièrement dans le répertoire célinien. Et rien ne semble tabou dans les interventions des animateurs, de l’utérus de maman Dion (!) à la relation avec René Angelil. Même les récentes épreuves qu’a vécues la chanteuse inspirent l’un des moments forts de la soirée, alors que la drag queen Crystal Slippers, campant une Céline endeuillée qui s’appuie au bras de son fils, fait du lip-sync sur des extraits un rien déjantés, hallucinés de ses entrevues… Qu’on l’aime ou pas, il faut finalement admettre une chose : Céline est unique.

Sainte Céline : a Dion Cabaret

Un spectacle de Thomas Leblanc et Tranna Wintour. Au Wiggle Room, jusqu’au 23 juillet