Petites vite

Guillaume B. Choquette observe sans fard la sexualité de vingtenaires en cette époque où tout, mais alors tout se partage sur les médias sociaux.
Photo: Zoofest Guillaume B. Choquette observe sans fard la sexualité de vingtenaires en cette époque où tout, mais alors tout se partage sur les médias sociaux.

« Penses-tu qu’on a vu trop de porno » s’interroge subitement l’un des personnages de la scène qui ouvre Trip à trois ou autre titre catchy. Un rare moment de prise de conscience durant cette soirée entre gars, laquelle, après s’être banalement amorcée par l’activité masculine par excellence, le match de hockey regardé avec son meilleur chum, prendra une tournure inattendue.

Dans son trio de brèves créations, elles-mêmes présentées à l’heure tardive des conquêtes enivrées (23 h 30), Guillaume B. Choquette observe sans fard la sexualité de vingtenaires en cette époque où tout, mais alors tout se partage sur les médias sociaux, mais où la réelle intimité n’est guère au rendez-vous.

Mettant en vedette un tandem d’ouvriers, la première met à nu l’ambiguïté du rapport entre deux copains, qu’on voit à la fois aller très loin dans la familiarité physique, tout en entretenant des conversations en rase-mottes sur les fantasmes machos primaires. Cette comédie de situation montre aussi, avec un humour brut mais efficace, combien les outils de communication actuels, s’ils favorisent l’échange, permettent aussi de tromper l’autre.

Faux-semblants exposés

Narration d’une rencontre facilitée par cet entremetteur moderne qu’est Tinder, puis récit du retour conquérant au bercail de deux frimeurs qui ont séduit des femmes dans un bar, les tableaux suivants exposent les faux-semblants, voire les mensonges qui marquent le jeu de la séduction et les relations basées sur une sexualité de consommation sans lendemain.

Difficile de rendre compte de la légèreté et de la superficialité des contacts contemporains sans s’en tenir là. Le deuxième tableau paraît ainsi un peu court pour développer la tonalité plus grave vers laquelle il converge. L’idée de dédoubler sur scène la protagoniste, esseulée et vulnérable, suffit pourtant à suggérer combien ces rencontres anonymes peuvent engendrer un besoin de cacher qui on est, de se protéger sous un personnage. L’auteur déjoue aussi un peu le réalisme dans l’ultime pièce, où s’opère un changement de perspective dans ces relations entre deux couples presque interchangeables.

Une nuit mouvementée qui est recréée de manière particulièrement vivante, même si l’enrobage scénique de ce petit spectacle dirigé par Frédérick Moreau au Zoofest est minimal. Le jeu de la distribution était inégal en ce soir de première, mais dans la peau de ses trois personnages de séducteurs baratineurs issus de différentes classes sociales, Guillaume B. Choquette montrait beaucoup d’aisance.

En fait de petite vite théâtrale (une heure à peine), celle-ci se révèle donc plutôt satisfaisante.

Trip à trois ou autre titre catchy

Texte : Guillaume B. Choquette. Mise en scène : Frédérick Moreau. Au Studio Hydro-Québec du Monument-National, les 21, 28 et 29 juillet.