On connaît la chanson

La compagnie Les Franglaises compte une dizaine d’artistes multitalentueux, instrumentistes, chanteurs, capables d’exécuter des chorégraphies, et dotés chacun d’une personnalité comique propre.
Photo: Victor Delfim La compagnie Les Franglaises compte une dizaine d’artistes multitalentueux, instrumentistes, chanteurs, capables d’exécuter des chorégraphies, et dotés chacun d’une personnalité comique propre.

Les trésors de la chanson pop commerciale ne brillent pas toujours par la profondeur de leurs textes. Une vérité plus facile à oublier quand ladite toune rimaille dans une langue étrangère. La troupe parisienne Les Franglaises se fait un malin plaisir de nous le rappeler dans ce show inclassable, lauréat d’un prix Molière en 2015, qui loge quelque part entre le cabaret humoristique et le théâtre musical.

Les Franglaises relève d’abord d’une sorte de jeu interactif : à partir de paroles traduites en français, les spectateurs sont invités à identifier une série de chansons à succès pigées dans un répertoire anglophone assez large. Une fois reconnue, la chanson est interprétée, toujours avec une touche de parodie, que ce soit à travers des chorégraphies ou des mises en scène amusantes, et dans une version plutôt littérale, qui fait ressortir les refrains bébêtes ou sans queue ni tête de certaines. Qui se souvient que l’immortelle In the Navy de Village People se résume à une bête publicité de la marine américaine ?

Sympathique concept, donc, qui requiert la participation enthousiaste du public, ce que l’énergique et ludique troupe semble n’avoir aucun mal à obtenir (le soir de la première, l’assistance, bien qu’un peu clairsemée, embarquait à fond). D’autant que le spectacle a été un peu adapté pour le public local, avec quelques références québécoises. Mais une formule qui aurait pu vite s’épuiser.

Loin de s’en tenir à ces pastiches qui jouent sur le plaisir de réentendre des chansons connues et plus qu’une simple suite de numéros, le show devient une parodie de spectacle qui se défait sous nos yeux. Un show sur un show qui tourne mal, et échappe à son animateur. Au grand désespoir de celui-ci, qui cherche à le recentrer sur le thème du spectacle, la traduction de chansons, ses compagnons de scène se montrent indisciplinés et s’écartent du scénario prévu. La représentation se dérègle de plus en plus, décor y compris, la comédie physique se met de la partie et la performance devient un peu burlesque, convoquant aussi bien le mime que le bruitage tant la troupe semble pouvoir tout faire.

La compagnie compte une dizaine d’artistes multitalentueux, instrumentistes, chanteurs, capables d’exécuter des chorégraphies, et dotés chacun d’une personnalité comique propre. Et certaines chansons sont si bien rendues qu’elles peuvent être appréciées au premier degré (comme la version, dans un anglais écorché, du Je ne regrette rien d’Édith Piaf).

Voilà en plein le genre de bijou original qu’on espère découvrir au festival Juste pour rire.

Les Franglaises

Création : Les Franglaises. Mise en scène : Quentin Bouissou. À la salle Pierre-Mercure, jusqu’au 24 juillet.