Dans la violence des relations jetables

Guillaume B. Choquette
Photo: Annik MH De Carifel Le Devoir Guillaume B. Choquette

Le bonheur est-il soluble dans l’interchangeabilité des relations ? Voilà sans doute la grande question que pose Guillaume B. Choquette dans sa dernière création, Trip à trois ou autre titre catchy, oeuvre en trois temps qui se prépare à se mettre à nu samedi prochain dans le cadre du festival protéiforme Zoofest.

Un an après son remarqué G-Money, texte râpeux et rugueux sur les masques sociaux que l’on s’impose parfois pour ne pas trop révéler nos failles et nos vides, le jeune dramaturge revient titiller avec humour la tristesse du présent, et ce, en proposant une triple autopsie des relations amoureuses de la génération Y, à laquelle il appartient.

« Quelle est la profondeur d’une relation qui repose uniquement sur l’attraction des corps ? » se demande le créateur, rencontré la semaine dernière sur une terrasse arrosée de soleil de la métropole. « La panoplie des outils pour nous rapprocher est aujourd’hui importante, mais les rapprochements n’en demeurent pas moins compliqués pour autant, sans doute parce que cela manque un peu de vérité. »

Trois portes

Il y a péril en la maison de l’amour. Et c’est finalement en ouvrant la porte sur trois appartements que Guillaume B. Choquette cherche à explorer le malaise.

Derrière la première porte, deux hommes du monde de la construction vont partager autour d’une bière leurs commentaires graveleux sur une femme, sans finesse, sans subtilité, avec la langue crue de la bête voyant dans le sexe opposé rien de plus qu’un usage et une gratification, mais qui dans la fougue et l’excitation va les amener sur un territoire qu’ils ne pensaient pas vraiment explorer : celui de leur identité sexuelle.

« C’est un texte que j’ai écrit pendant l’hiver, dit le dramaturge. J’avais envie, comme je l’ai fait dans G-Money, de donner la parole, dans cette première scène, à ces Québécois que l’on n’entend pas forcément sur une scène de théâtre, mais qui pourtant façonnent notre réalité. » Il les appelle les « douchebags », sobriquet disgracieux donné à des hommes à la profondeur relative qui s’intéressent plus à leur apparence et à l’effet qu’ils produisent chez les femmes qu’au dernier roman de feu Maurice G. Dantec ou à l’essai de Roméo Bouchard sur la violence des riches. « C’est une façon pour moi d’ancrer mon théâtre dans une réalité qui existe aussi autour de moi. »

Les relations sexuelles qui se magasinent

La suite de ce Trip à trois…« dans lequel il n’y a pas de trip à trois », assure-t-il — plonge dans l’univers des relations sexuelles qui se magasinent sur Tinder, le réseau social spécialisé dans la chose, ou dans celles qui se traquent dans les bars, avec cette animalité de circonstance. Ça commence par un couple de solitaires, rapprochés par l’application, qui va forniquer, non sans entrer au préalable dans le jeu des apparences, des mensonges et des demi-vérités. Ça se poursuit avec deux couples formés dans un débit de boisson qui, en arrivant à la maison pour finir de consommer le projet, vont remettre en question la valeur d’un fragile engagement charnel. Toujours avec ce sourire en coin qui permet de rendre la douleur d’une réflexion sur une dérive en cours un peu plus acceptable.

« Ce sont toutes des facettes de la vie des Y que je voulais explorer, dit-il. Les apparences que l’on cultive pour éviter de montrer notre véritable personnalité, pour nourrir les conformismes qui ne sont pas toujours satisfaisants, les sentiments jetables et leurs conséquences sur nos rapports à l’autre et nos perceptions. L’interchangeabilité des rapports humains peut laisser croire qu’elle immunise contre l’amour et la vraie rencontre. Mais bien sûr, ce n’est pas le cas. »

En une heure, trois actes et quatre comédiens, Guillaume B. Choquette pose une nouvelle fois un oeil amusé et attristé sur le présent en passant par un objet dramaturgique qui lui aussi cultive, tout comme ses personnages, les apparences en se posant en comédie de situation alors qu’il est sans doute un peu plus théâtre thérapeutique ou documentaire.

Trip à trois ou autre titre catchy

Texte : Guillaume B. Choquette. Mise en scène : Frédérick Moreau. Avec Guillaume B. Choquette, Maxime Béliveau, Fanny Migneault-Lecavalier, Jeanne Roux-Côté. Zoofest. Studio Hydro-Québec du Monument-National, les 16, 21, 28 et 29 juillet, 23 h 30.