Envolée réussie pour «Mary Poppins»

Mary Poppins irrésistible
Photo: Laurence Labat Mary Poppins irrésistible

Difficile de résister à Mary Poppins. La famille Banks l’apprend assez vite. Sur scène, la gouvernante magique parvient aussi à exercer son enchantement. Annoncé comme la comédie musicale la plus ambitieuse de Juste pour rire, le spectacle expertement dirigé par Serge Postigo tient ses promesses. Sur le plan des prouesses techniques, du dispositif scénographique (ces modules mobiles qui s’ouvrent comme des livres d’images), comme des numéros dansés et chantés, impressionnants et colorés, la production mérite les superlatifs.

C’est devant une machine excellemment rodée que les médias — et le Tout-Montréal — ont été conviés, deux semaines après le début des représentations. Feu roulant d’effets spéciaux, d’astucieux trucs d’illusion théâtrale et de tableaux collectifs à l’animation parfaitement réglée, cette Mary Poppins a plus d’un tour dans son (immense) sac. Au sein d’une distribution imposante et généralement pleine de brio, Joëlle Lanctôt déploie dans le rôle-titre une voix juste et un charme piquant, teinté de juste assez d’arrogance espiègle. Jean-François Poulin est infiniment sympathique en narrateur/ramoneur.

Fantaisie et valeurs familiales

Rappelons que la gouvernante volante débarque chez les Banks pour s’occuper de deux petites pestes (Alexandra Sicard et Alessandro Gabrielli) négligées par leur père, un austère banquier (René Simard, dans une prestation honnête) qui doit renouer avec les vraies valeurs… Cette intrigue sise en 1910 valorise à la fois la fantaisie et les valeurs familiales traditionnelles, et les conventions finissent par triompher (monsieur retourne à la banque, et madame au foyer).

À côté des numéros musicaux enlevés, chorégraphiés par Steve Bolton, la trame « dramatique » paraît parfois un peu pâle. Notamment les scènes entre les époux, Winifred Banks (Élysabeth Rivest, à la jolie voix) mettant du temps avant de démontrer de la personnalité. Mais on mentirait en prétendant que ces bémols pèsent lourd dans la balance, tant le spectacle déploie des trésors d’émerveillement.

Et si certaines nouvelles chansons paraissent moins marquantes sur le plan mélodique que les immortelles (plus dur de juger des paroles de cette première version française, car elles sont parfois enterrées sous la musique), le musical réserve certaines belles surprises par rapport au film chéri de mon enfance : un parc qui s’anime, un tableau saisissant où les jouets prennent vie, et l’apparition marquante de la nounou cauchemardesque du père (excellente Frédérike Bédard).

La production connaît enfin son apothéose avec la danse sur les toits par la bande de ramoneurs, une éblouissante recréation d’un numéro classique. Et comme par magie, toutes les réserves qu’on pouvait avoir durant la première (longue) partie tendent à s’envoler, elles aussi…

Mary Poppins

Basé sur l’oeuvre de P. L. Travers et le film de Walt Disney. Traduction, adaptation et mise en scène : Serge Postigo. Direction musicale : Guillaume St-Laurent. Au Théâtre St-Denis 1, en supplémentaires jusqu’au 28 juillet.