La comédie des anciens et des modernes

La pièce «Chinoiseries (recette du désordre)» paraît parfois hésiter entre la comédie d’observation réaliste et le divertissement plus loufoque, avec un coup de théâtre qui semble emprunté au boulevard.
Photo: François Larivière La pièce «Chinoiseries (recette du désordre)» paraît parfois hésiter entre la comédie d’observation réaliste et le divertissement plus loufoque, avec un coup de théâtre qui semble emprunté au boulevard.

La barre était haute pour Le Petit Théâtre du Nord, après la réussite de l’été dernier. L’intérêt de la création 2016, signée Isabelle Hubert, est lié aux enjeux sociaux éminemment actuels qu’elle explore. Chinoiseries (recette du désordre) scrute la tension entre la modernité et le conservatisme, dans son sens premier, à travers plusieurs questions, notamment celle de la perpétuation des rites catholiques dans le Québec peu religieux d’aujourd’hui.

L’auteure de La robe de Gulnara a l’art de partir de détails tangibles de la vie. Ici, la nostalgie du passé et de la jeunesse qu’éprouvent les personnages s’incarne à travers des objets, des jouets d’enfance ou une cassette vidéo. Et un simple souper pour présenter le nouveau chum (Sébastien Gauthier) de l’une à son frère (Daniel Parent), dans la maison familiale rénovée, devient un champ de bataille sur le plan des valeurs. La prochaine arrivée d’un bébé adopté en Chine par l’un des couples met au jour des désaccords profonds. Traditionaliste, voire emplie de préjugés, Josée (convaincante Marie-Hélène Thibault) s’offusque lorsque sa belle-soeur (Mélanie St-Laurent), issue d’une famille athée, révèle son intention de ne pas faire baptiser sa fille. La progressiste Maude signifie pourtant sa volonté de conserver au moins un héritage : le bagage culturel de la petite Chinoise, par l’entremise de son nom d’origine…

Le conflit entre les anciens et les modernes, si on peut dire, oppose donc surtout les deux femmes, chacune campée à une extrémité du spectre, avec les mâles — dont les personnages semblent moins nettement dessinés — plus indifférents ou inconsistants.

Divertissement oblige, le texte ne creuse peut-être pas aussi profondément ses thèmes qu’on le souhaiterait. La pièce paraît parfois hésiter entre la comédie d’observation réaliste et le divertissement plus loufoque, avec un coup de théâtre qui semble emprunté au boulevard (ciel, mon ex !), et un jeu parfois à l’avenant.

Mais Isabelle Hubert parvient à y insérer des discussions plus sérieuses, comme celle autour du sexisme de l’Église. La description des relations familiales, qui vire au règlement de comptes en seconde partie, vise aussi juste, révélant la rivalité fraternelle et les tensions quant au partage du patrimoine parental. J’aime aussi ces adresses directes au public qui ouvrent et ferment les sections de la pièce, des aveux qui progressent de l’anodin au fondamental, et qui tendent un miroir dans lequel on peut facilement se reconnaître.

S’il joue sur certains clichés « malaisants » (la démarche stéréotypée des interprètes entre les scènes), le spectacle dirigé par Michel-Maxime Legault ne manque pas de dynamisme. La scénographie évoque la mobilité, avec ces bacs déplaçables. Et le vidéaste Gaël Lane Lépine s’amuse à créer des images qui contribuent à l’atmosphère ou aux gags. Des vidéos qui semblent avoir été repêchés dans cet inépuisable réservoir du tout et n’importe quoi qu’est YouTube. Le monde moderne a parfois du bon…

Chinoiseries (recette du désordre)

Texte : Isabelle Hubert. Mise en scène : Michel-Maxime Legault. Jusqu’au 19 août, à Blainville.

À voir en vidéo